Aboubakar Ousmane Mey : « l’équipe du PM fonctionne sur télécommande »

En tant que leader de l’organisation Justice plus, vous venez d’adresser une correspondance au premier ministre dans le cadre du grand dialogue national, demandant le rapatriement des restes de Ahmadou Ahidjo.

Quel est le rapport entre les restes de l’ancien chef de l’Etat du Cameroun et le Dialogue National ? Quelle est la motivation de Justice Plus ?

Votre première interrogation me surprend dans la mesure où le président de la république dans son discours dit : «…j’ai décidé de convoquer dès la fin du mois en cours (septembre 2019), un Grand Dialogue National qui nous permettra, d’examiner les voies et moyens de répondre aux aspirations profondes des populations du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, mais aussi de toutes les autres composantes de notre nation… »

Les restes du feu président Ahmadou Ahidjo qui aujourd’hui encore, se trouvent au cimetière de Yoff à Dakar, au Sénégal, constituent depuis son décès un point de discorde majeur entre d’un coté le chef de l’état actuel qui pense lui que, son prédécesseur aujourd’hui disparu ne peut avoir l’avantage d’un retour avec les honneurs d’un ancien chef d’état, et ceux qui pensent que le Cameroun devait organiser des obsèques officiels en l’honneur de l’illustre disparu.

« Justice Plus » fait partie de cette longue colonne de nos compatriotes opposés à l’attitude du Président Paul Biya.
Il se trouve que la veuve du Président, Germaine Habiba Ahidjo, est aussi de ceux et celles qui campent sur l’esprit de dignité et d’honneur qui animent leurs opinions.
« Justice Plus » s’était déjà penché sur cette mésentente en avril 2008 dans une conférence tenue à Garoua. Une requête visant à ouvrir le débat sur ce sujet avait été adressée au Premier Ministre de l’époque.
Par la suite, précisément en février 2014, le sous préfet de Garoua 1er nous adressa une note, interdisant un colloque que nous avions programmé pour la même affaire.
Dans cette démarche que nous nous employons à transmettre à l’opinion Nationale et Internationale, il existe plusieurs injustices relevées, dont la principale est le non paiement de la pension de l’ancien Président, et le
retrait de son passeport, ainsi que ceux de tous les membres de sa famille.

« Justice Plus » qui œuvre pour la paix et la bonne gouvernance, dénonce cette injustice avec la dernière énergie, tout en interpellant le gouvernement de la république à prendre ses responsabilités face à cette aberration, à savoir, ‘la prise en charge de la famille Ahidjo’, par le contribuable sénégalais.
Evaluant l’état de service de ce digne fils du Cameroun qu’était Ahmadou Ahidjo, nous estimons qu’il est véritablement temps, par l’opportunité qu’offre le GDN, de se mettre ensemble pour rendre à César, ce qui appartient à César.

S’agit-il d’une initiative personnelle ou la volonté de la communauté musulmane ?

Vous avez raison de vous soucier de la volonté musulmane, puisque le Président Ahidjo en était un. Mais en avale, je vous rappel simplement que le successeur choisi par Ahmadou Ahidjo est un chrétien catholique ! Cela vous a peut être échappé, mais 37 après, c’est toujours ce successeur qui est aux commandes.

Donc pour nous, en un mot comme en milles, cette affaire n’est rien moins qu’un règlement de compte à la suite d’escarmouches politiques, qui a prit soin d’exagérer certains aspects comportementales, d’un homme très diminué par l’usure de plus de 25 ans de conduite des affaires au sommet de l’Etat du Cameroun.

La religion n’a rien à voir dans les dérapages des nouveaux venus aux commandes des institutions, qui pour la plupart étaient des subordonnés désappointés de l’ancien président.
Sa méthode de gouvernance avait empêché à des bataillons de compatriotes corrompus, de s’empiffrer sur le dos de l’état. A son départ, ils firent valoir leur savoir faire et réglèrent son compte en changeant de cap… Nous y voilà, beaucoup ont pris des bosses !

Qu’est-ce qui vous fait croire qu’une réponse favorable sera apportée à votre préoccupation ?

D’abord je ne vous ai jamais dit que nous avons cette conviction, pour la simple et bonne raison que le gouvernement ne nous a jamais accordé une seule minute d’attention depuis plus de dix an que nous remuons ciel et terre. C’est une lutte que nous menons en sachant bien entendu que le jour viendra.

Nous avons introduit notre demande de participation au GDN comme toutes les autres parties prenantes en espérant juste que notre cause entrera en ligne de compte des termes même du discours présidentiel. Le Directeur du Cabinet du PM m’a personnellement reçu en s’efforçant de ne pas somnoler. Je me suis démené pour ne pas me décourager et en moins de dix minutes, il a cru appréhender tout le dossier de l’ancien chef de l’Etat. J’ai par la suite appris que c’est un ancien Préfet.

Cela m’a donc donné une idée assez claire d’une incertaine participation, pour ‘Justice Plus’, au quel cas, nous espérons que d’autre voix prendrons les devants.

Si vous n’êtes pas entendu, et que les restes du président Ahmadou Ahidjo ne sont pas rapatriés, que fera Justice Plus ?

Je souhaite que ce GDN qui rassemblera des compatriotes de toutes les régions et de tous les bords, s’empare du dossier. Mais c’est clair que l’équipe du PM fonctionne sur télécommande. Nous avons grimpé jusqu’au Palais d’Etoudi par des puissants relais, qui pensent également qu’il faut régler cette affaire. Aucune indication favorable ne nous ai encore parvenue, mais attendons de voir jusqu’à la clôture des consultations.

Toutes fois, il faut vous rappeler que le 30 novembre 2019, cela fera 30 ans que le président Ahidjo est mort.

Nous pensons que cette date mérite d’être rappelée à nos compatriotes. Nous sommes en pleine concertation pour voir ce qu’il convient de faire pour la circonstance.

Est-ce que votre Organisation Non Gouvernementale, ne pouvait pas aussi s’intéresser à d’autres questions qui divisent les camerounais ?

‘Justice Plus’ a sans beaucoup de bruit accompagné plusieurs victimes de mal gouvernance et des cas d’injustices. Il se trouve simplement que la corruption rampante, avec férocité, dévore les efforts d’accompagnements dans ce sens et plombe sans pitié nos entreprises.

Nous restons pour autant irréductibles, mais compte tenu de nos priorités, le cas Ahidjo demeure pour nous, celui qui concentre nos efforts.

Quelles sont les missions de Justice Plus, et quelle est sa force de frappe ?

Notre première mission est celle de la paix ! Nous pensons que sans une justice équitable, la paix devient précaire pour tout le monde.

Il faut donc s’armer d’honnêteté pour mener à bien les affaires de la république, puis veiller à la bonne marche des institutions qui régulent en gros, le fonctionnement de l’Etat, en appliquant scrupuleusement les textes et lois qui l’organisent.

Notre force de frappe, c’est les hommes, et nous en avons !!!

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Propos recueillis par Arnaud Kévin Ngano

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