Activités des vacances : Des enfants commerçant inondent la ville

Depuis quelques semaines, les marchés de la ville de Yaoundé ne cessent de grouiller de la présence de gamins à la recherche de gains pour la prochaine rentrée scolaire.

« Je préfère rester vendre, pour aider ma mère à payer ma scolarité l’année prochaine », dit Gaëlle Tchemeni, 12 ans, élève en classe de 5ème. Cet argument, est celui que la grande majorité des tout-petits venus vendre dans les marchés, ce mercredi 12 Juin 2019, donne pour justifier leur engagement à vendre pendant ces vacances.

Marché Mokolo, il est 10 heures. L’ambiance habituelle n’est pas la même. C’est une journée consacrée au principe de « ville propre », mais des enfants sont innombrables dans cet espace commercial. Agés entre 7 ans et 14 ans, ces jeunes défilent sur la route, l’air joyeux pour les uns, et déboussolé pour les autres. Ils ont tous une apparence fragile. Sous un soleil entêtant, ils chantent : « arachide, arachide, 50, 50 ! » ; « eau glacée ! Eau glacée » ; « la mère y a des beignets chaud ! ». Ils ont des plateaux de vivres sur la tête, des seaux contenant des sachets d’eau ou de beignets. On voit même des enfants qui ont plié leurs jambes à terre, assis près de leurs marchandises (tomate, maïs ou canne à sucre) étalées à même le sol.

Fatigués de marcher, les commerçants mineurs se reposent avant de continuer leur travail.

 

« J’aime vendre. Je me lève tôt le matin, après avoir pris mon petit déjeuner, je viens vendre. Et je rentre la nuit », révèle Ousmane Arafat, un garçon d’à peine 8 ans, ne connaissant lui-même pas son âge. En effet, ces enfants sont pour la plupart envoyés par leurs mamans. C’est le cas d’Arthur Zambo, 13 ans, élève en classe de 3eme au lycée, qui dit : « Je vends les beignets parce que maman m’envoie le faire. Mais ça ne me déplait pas. Je l’aide un peu ». D’autres comme Antoine Onana, 8 ans, par contre, disent avoir décidé de vendre d’eux-mêmes. Elève à l’école publique de Messa, le visage encore sale, ce mercredi matin, il déclare : « c’est moi-même qui met de l’eau dans les bouteilles et je viens vendre. Personne ne m’envoie ».

Indignations

Pour nombre de parents rencontrés dans la rue, ce n’est pas normal. « Il est inadmissible pour moi qu’un enfant de 7 ou 8 ans, soit en train de faire la ronde dans toute la ville, dans le but de vendre et rapporter des bénéfices. C’est exploiter ce genre d’enfant. Au lieu de cela, ses parents peuvent bien l’envoyer auprès de sa grand-mère, apprendre sa langue maternelle. Les langues maternelles, sont inscrites au programme depuis cette année et ce serait profitable pour ces enfants », affirme Chatelain Tentchimou, enseignant, d’un air offusqué. Bibiane Mangou, commerçante pense par contre que : « Ça dépend de l’âge selon moi. A partir de 10 ans, l’enfant peut aider ses parents à acheter les fournitures scolaires. Moi par exemple, j’ai commencé à aller vendre à 10 ans ».

Selon le Fond des nations unies pour l’enfance (Unicef) ces enfants courent beaucoup de risques. Il s’agit entre autre de l’exposition à la nuisance sanitaire, la dépravation des mœurs et la prostitution. Aussi peuvent ils etre victime d’exploitation ou de maltraitance, et de viol. L’Unicef précise : « nous ne sommes pas opposés au travail que les enfants peuvent effectuer chez eux, dans la ferme familiale ou une entreprise familiale, tant que ce travail ne nuit pas à leur santé et bien-être, à condition qu’il ne les empêche pas d’aller à l’école et de profiter de leur enfance ».

L’urgence de l’instauration d’un environnement protecteur pour les enfants, s’impose à en croire cette organisation, une des branches de l’ONU. Et ceci passe par divers points parmi lesquels : l’engagement et la capacité d’action des gouvernements, le changement de mentalités, les coutumes et pratiques, le libre débat, le suivi, compte rendu et surveillance du respect des lois en vigueur, pour la protection de l’enfant.

Il faut reconnaitre qu’il est possible d’intenter des poursuites judiciaires contre tous ceux qui ne suivent pas les mesures de protection des enfants si besoin est. Et les pouvoirs publics, les services sociaux et tous les organismes qui travaillent avec les enfants, sont censés avoir cette information.

Maxime Kana, Stagiaire

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One thought on “Activités des vacances : Des enfants commerçant inondent la ville

  • 4 juillet 2019 at 21 h 47 min
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    Pour moi il est inadmissible qu’un enfant de 8ans vende dans la rue,car comme le dit (UNICEF)ces enfants courent de nombreux risques que les parents doivent vraiment prendre à cœur.

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