Analyse-Dieudonné Essomba: . Il faut aller à la fédération, transformer les 10 régions en états fédérés…

Quand je prends une position, je le fais après simulation, sur la base des situations analogues, ce qui rend mes prévisions très fiables. Ces positions n’ont rien à voir avec mes sentiments personnels, mais avec les faits.

Ce n’est pas aimer le Cameroun, ni le régime de Biya que de le soutenir dans l’erreur. C’est en disant la vérité, même lorsqu’elle blesse, car cela permet d’anticiper les malheurs et de les contourner.

Dans le problème anglophone, j‘ai pris la peine de mener une étude statistique sur plus de 100 mouvements de sécession dans le monde, et j’ai abouti à trois facteurs qui rendent impossibles le maintien des Anglophones dans le cadre d’un Etat unitaire :

1. La taille de la population couverte par la sécession : à plus de 5%, il est techniquement impossible de refuser par des moyens militaires une autonomie de type fédéral à une Communauté. Or, les Anglophones représentent 20%, ce qui est excessif pour un tel projet.

2.Une Communauté qui a vécu dans une autonomie n’accepte jamais de la perdre. Car cette autonomie lui apparait comme un âge d’or où elle avait tout ce qu’elle voulait, même s’il en était autrement dans la réalité. Et cette nostalgie qui s’amplifie avec le temps la rendra de plus en plus sourde et de plus en plus hostile à tout argument favorable à un Etat unitaire.

C’est pour cette raison qu’on ne supprime jamais une Fédération ! Jamais ! C’est une faute politique très grave que le pays finit par payer durement.

Les dirigeants camerounais étaient certainement pleins de bonnes intentions, mais l’enfer est pavé de bonnes intentions.

3. Enfin, le problème anglophone a une dimension intrinsèquement internationale qui fera nécessairement intervenir les auteurs de l’Union entre les deux Cameroun, à savoir les Nations-Unies. Ceux-ci ne manquernt pas de revenir sur les termes initiaux de l’Union.
Il n’existe donc aucun moyen humain par lequel on peut maintenir les Anglophones dans le cadre d’un Etat unitaire. Cela signifie en clair que si le Gouvernemnt persiste dans sa démarche sécuritaire et sa décentralisation administrative, le prochain Etat indépendant de l’Afrique sera bel et bien l’Ambazonie.

La seule solution intelligente pour maintenir les Anglophones et sauver le Cameroun est d’élargir la fédération, en transformant les 10 régions en Etats fédérés, ce qui permettra de diluer la spécificité anghlophone dans le cadre d’autres spécificités plus locales, et de tuer l’esprit de la Sécession.
Je parle bien d’Etats fédérés, et non ces solutions bancales où des gens proposent un statut spécial aux régions anglophones, car ce genre de modèle gèle la spécificité anglophone, au lieu de la dissoude, ce qui maintient l’esprit de sécession.

Il faut donc plutôt suivre la voie de la raison, et non ce patriotisme mal épidermique et mal éclairé qui s’arc-boute sur une vision idéologique et irréaliste du pays. C’est une approche mortelle pour le Cameroun et qui risque aboutir à sa destruction.
Les victoires militaires ne tueront pas l’esprit de la sécession : or c’est cet esprit qu’il faut tuer et on ne peut le faire qu’à travers un modèle fédéral.
Il est encore temps de le faire, mais plus pour longtemps.

Dieudonné ESSOMBA

 

Please follow and like us:

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *