Au Cameroun, des déplacées de la crise anglophone vivent avec le Vih/Sida

De nombreuses adolescentes ayant fui les violences dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, infectées par le Vih, souffrent au quotidien, pour joindre les deux bouts.

 

Le ciel radieux, la journée donne l’impression de bien commencer ce lundi matin à Yaoundé, la capitale du Cameroun. Pourtant Maïmouna, assise à même le sol devant sa petite chambre au quartier jouvence et tenant sa tête avec la main gauche, fait travailler ses méninges. Cette enfant de 15 ans, déjà mère d’un bébé (une fille) de 5 mois, se demande bien comment va-t-elle procéder pour traverser cette autre journée qui commence à peine.

« Je passe très souvent des journées sans manger et nourrir mon bébé, n’est pas facile», dit elle. Une situation qui perdure depuis pratiquement un an, période pendant laquelle, cette titulaire du «first school leaving certificate» (l’équivalent du certificat d’étude primaire), est partie de sa terre de rêve qu’on appelle “Tombe”, dans le département du Ndian, région du Sud-Ouest, pour la capitale politique du pays, à cause des troubles menées par des personnes armées.

Elle vit avec la pandémie …

Seulement, elle qui a cru fuir le mal, estime être tombée dans le pire à Yaoundé. Quand Maïmouna arrive inopinément dans cette ville francophone, elle est reçu dans une famille d’accueille, rattachée à une église de réveil. «J’ai été violée par le pasteur de cette église. Il m’a enceinté et m’a transmis le Vih. Quand je l’ai dévoilé, on m’a jeté à la rue. Heureusement que ma fille est saine», raconte-t-elle, les yeux plein de larmes.

Comme elle, dans la région du centre et ailleurs, de nombreuses adolescentes parmi les déplacées internes ayant fui les attaques des séparatistes, sont contaminées au Virus de l’immunodeficience humaine. C’est notamment le cas des 4 filles suivie par l’association «Give a smile» dont le siège social est dans l’arrondissement de Yaoundé VI. « A cause de ce qu’elles ont subi et de leur sérologie, ces jeunes ont perdu l’espoir d’une vie meilleure. Elle préfèrent parfois se cacher, comme si elles ont quelque chose à se reprocher», révèle Risa Atefor, l’assistante personnelle de la présidente de «Give a smile».

A LIRE AUSSI: ombre sur l’avenir des enfants au Cameroun.

Selon le Conseil national de lutte contre le sida, pas moins de 29.939 adolescents dont l’âge varie entre 10 et 19 ans y compris des filles bien sûr, vivent avec le Vih.

Née à Mamfe dans l’un des départements secoués par les affrontements entre l’armée loyale et les séparatistes, Esther, 24 ans, à Biyem-Assi (Yaoundé) depuis environ 9 mois, vit aussi avec le Vih depuis l’âge de 18 ans. « Je suis mon traitement en respectant les consignes», signale-t-elle, avant d’ajouter que « c’est une dame généreuse qui m’a offert il y a quelques jours, ce lit, le matelas que vous voyez dessus, la plaque et la bouteille à gaz que j’utilise maintenant ». Cette mère d’enfants et sa progéniture, se sont longtemps couchée sur le sol de la chambre qu’elle loue et a souvent les difficultés à payer.

L’inquiétude de l’Unicef

La situation est plus alarmante à l’échèle mondiale, à en croire le Fond des nations unies pour l’enfance, (Unicef) pour qui, « un adolescent est infecté toutes les 100 secondes». Selon le communiqué de presse rendu public le 25 novembre 2020, «320.000 nouvelles infections à Vih chez les enfants et les adolescents ont été enregistrées en 2019», sur la planète terre.

Paradoxalement, si l’on s’en tient à la déclaration du ministre de la santé publique, Manaouda Malachie le 1er décembre 2020, lors de la célébration de la 33ième édition de la journée mondiale de lutte contre le Sida, la situation est loin d’être catastrophique au Cameroun.

A LIRE AUSSI: les acteurs locaux s’unissent pour le bien-être des adolescentes.

Arnaud Kevin Ngano

Please follow and like us:

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *