Cameroun-Sangmélima : la guerre des clans

Deux groupes politiques s’affirmant puissants, s’affrontent régulièrement dans le chef-lieu du département du Dja et Lobo, région du Sud au Cameroun. Le diocèse de Sangmélima ou plutôt son dirigeant, fait partie des victimes.

Au lendemain de la messe d’action de grâce au chef de l’Etat du Cameroun, à l’occasion de son 89ième anniversaire, Monseigneur Christophe Zoa, évêque du diocèse de Sangmélima, fait l’objet d’un lynchage sur la toile. On l’accuse de n’avoir pas donné les honneurs qu’il faut aux élites de la localité, particulièrement à Louis Paul Motaze, ministre des finances, mais aussi de s’enrichir.

Au même moment, une autre polémique entretenue par le même groupe, est partagée sur les réseaux sociaux, demandant l’ouverture d’une enquête. L’auteur de la publication sur facebook, estime que « la photo du Chef de l’État accrochée sur l’un des murs de la cathédrale était entourée de rideaux aux couleurs du drapeau nigérian. » Un incident qu’il semble attribuer à la mairie de Sangmélima, et s’interroge en ces termes : « simple coïncidence ou un acte malicieux qui témoigne en un point douté, que les organisateurs sont des farceurs qui usent et abusent du nom du Chef de l’État pour leur sale besogne. »

Au cœur de la guerre : absence d’esprit de fair-play

Recoupement fait, il s’avère que l’église, notamment le diocèse de Sangmélima, est aujourd’hui victime d’une guerre à moitié voilée, entre les filles et fils de ce lieu. « Le camp des perdant aux municipales de 2020, n’a jamais digéré la défaite », fait savoir Sandrine Nna, habitante de la capitale du Dja et Lobo. Ainsi, l’entente entre l’évêque et les frères ennemis choquerait non sans susciter l’orchestration des coups bas et manigances de tout genre.

Le succès de la célébration de la messe d’action de grâce du 13 février 2022, rentre forcément dans le palmarès de Jean Faustin Bekono, maire de la commune du chef-lieu du Dja et Lobo. Chose difficile à concevoir et à accepter par ses détracteurs, qui prétendent être proches de la famille présidentielle. Seulement, ces agissements n’aident pas les concernés, encore moins les élites du coin et le chef de l’Etat, Paul Biya.

Les signes de la déstabilisation

Cette guerre intestine qui se perpétue dans le département d’origine du premier camerounais, salit l’image de la zone et du pays. Mais surtout expose-t-elle les membres du gouvernement issus de cette localité. A cette allure, la bataille profiterait également aux autres formations politiques, qui n’attendent qu’une faille, pour se positionner et s’imposer. En réalité, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) auquel appartient les acteurs de la bagarre qui éclabousse l’église à Sangmélima, joue le jeu des partis d’oppositions.

Sur le plan spirituel, s’attaquer à l’église apparait comme étant une malédiction. Comment ne donc pas croire que professer des injures à l’évêque, c’est appeler les foudres de la nature.

Un problème à résoudre

Le mal est si profond, qu’il faut absolument trouver une solution, à en croire des ressortissants de la ville natale de Samuel Mvondo Ayolo, directeur du cabinet civil de la présidence de la République du Cameroun. Cela passe forcément par une assise réunissant tous les protagonistes : une véritable table-ronde, permettant d’écouter les uns et les autres, dans l’optique d’enterrer la hache de guerre. Ce n’est en fait qu’après cela, que la raison va certainement l’emporter sur les passions.

Les différents protagonistes doivent faire preuve de beaucoup de maturité politique, en acceptant de rechercher par le dialogue, les voies et moyens de restaurer le calme à Sangmélima. Les ennemis d’hier, debout, main dans la main, et chantant à l’unisson, doivent pouvoir œuvrer pour la construction et non la destruction. A l’issue du conclave, il faudra prévoir que chacun appose sa signature, au bas d’un accord.

Arnaud Kevin Ngano

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