Centrafrique: ce qui attend Faustin Archange Touadera

Réélu le 27 décembre 2020, Faustin-Archange Touadera prend officiellement fonction pour un nouveau mandat de 5 ans, ce mardi 30 mars 2021. La solennité et l’importance consacrées à la cérémonie d’investiture à Bangui la capitale centrafricaine, traduit la délicatesse et l’immensité des défis à relever.
Sa réélection l’auréole d’un nouveau prestige. Faustin-Archange Touadera sait qu’il a la charge de ne pas décevoir les espérances qui se sont portées sur lui. Il a 4 défis majeurs à relever pendant ce nouveau mandat qui s’ouvre: la réconciliation nationale, le redressement économique, la lutte contre les violences armées et la régularisation de la situation des réfugiés.
La réconciliation nationale

La réconciliation nationale le tient particulièrement à cœur. Dès sa réélection, se sont les premiers mots que Faustin-Archange Touadera a avancé. Selon lui, la Centrafrique doit se construire avec tout le monde. « Je tends la main patriotique à l’opposition démocratique afin de sortir notre pays du cycle vicieux de violences et de destruction. Au lendemain de mon investiture, nous allons poursuivre la réconciliation nationale afin de décrisper le climat politique pré et postélectoral », affirme le chef de l’État.

Le président de la république Faustin-Archange Touadera accorde une audience à la délégation de la plateforme Bê-oko, conduite par sa coordinatrice Léa Koyassoum Doumta, présidente du Parti de l’unité nationale (PUN), le samedi 11 juillet 2020 à Bangui. © : Facebook Faustin-Archange Touadera.
Depuis la période électorale, 13 des 16 candidats à la présidentielle du 27 décembre 2020, conteste le scrutin et ses résultats, à cause du taux d’abstention suscité par l’insécurité qui secoue le pays. Le président réélu accuse l’ancien président François Bozizé, d’avoir « conçu la rébellion, réuni les moyens et mis le feu au pays ; bien sûr, avec les mercenaires étrangers qu’il a recrutés et ses alliés politiques que vous connaissez tous, pour satisfaire son ambition personnelle ou familiale ».
Le redressement économique
La construction du pays dont rêve le président Archange Touadera, passe inéluctablement par le rétablissement des performances de son Etat, devenu le deuxième pays le plus pauvre du monde, selon l’indice de développement humain du Programme des nations unies pour le développement (Pnud) de 2019. Ici, environ 71 % des 4,9 millions d’habitants, vivent sous le seuil de pauvreté, à en croire la Banque mondiale.
 Un problème qui s’accentue davantage, avec la recrudescence des conflits dans le pays.  Les groupes armés se disputent très souvent les richesses de la république centrafricaine à savoir, l’uranium, le diamant, l’or et le bois. Ce voisin du Cameroun, produit aussi le coton, le café et le tabac. Le bétail constituant également une source de revenus.
Echange entre le ministre centrafricain de l’économie, du plan et de la coopération, Félix Moloua et le représentant résident du Programme alimentaire mondiale (PAM) en Centrafrique, Peter Schaller mercredi 24 mars 2021. © : Facebook ministre centrafricain de l’Economie, du plan et de la coopération.
L’approvisionnement en produits alimentaires locaux et importés a beaucoup subi des perturbations qui « ont engendré une réduction drastique des stocks », signalent des commerçants. Récemment, pas moins de 1.000 camions ont été bloqués à la frontière avec le Cameroun, d’où provient une bonne partie de cet approvisionnement, impactant ainsi la structure des prix sur les marchés à Bangui.
Fin des violences armées
Ainsi est-il plus qu’urgent de mettre fin aux violences armées en RCA. Elles font trop de morts aussi bien du côté des rebelles que chez les forces de défense et de maintien de l’ordre. Mankeur Ndiaye, représentant spécial de l’ONU en Centrafrique, ne dit pas le contraire lorsqu’il affirme dans un communiqué que « la Minusca a payé un lourd tribut avec sept Casques bleus tombés au service de la paix, depuis le lancement des attaques coordonnées et simultanées par les anti-Balaka, le 3R, le MPC et l’UPC, alliés à l’ancien président François Bozizé. Mais elle reste engagée à poursuivre son mandat de protection des populations civiles et de sécurisation des élections ».
Les forces de défense déterminées à mettre fin aux violences en RCA, août 2020. ©: Diaspora multimédia.
La ville de Bangassou, située à 750 kilomètres à l’est de la capitale Bangui a pendant plusieurs semaines en début d’année 2021, été érigée en théâtre d’affrontement entre les éléments de la Mission multidimensionnelle intégrée des nations unies  pour la stabilité en république centrafricaine (Minusca) et les rebelles. Depuis 2014, environs 12.000 Casques bleus de la force de maintien de la paix de la mission de l’ONU en Centrafrique, sont présents, en compagnie des paramilitaires russes, de l’armée du pays et des centaines de militaires rwandais.
La situation des réfugiés
Le président de la Centrafrique doit penser aux 60.000 personnes ( si l’on s’en tient au Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR) à Genève) qui ont fui les violences en Centrafrique depuis décembre 2020. On dénombre aussi, quelque 58.000 déplacés interne. 9.000 personnes venues de Centrafrique ont aussi trouvé refuge au Congo, au Tchad et au Cameroun, informe le point.fr.
Le lancement officiel du programme d’assistance aux réfugiés centrafricains à Yaoundé-Cameroun, le 29 avril 2014. ©: Ronaldo Mvele Medjo
Yao Agbetse, l’expert indépendant de l’ONU sur la situation des droits de l’homme en Centrafrique prévient que « sans un message fort, combiné à des actions dissuasives, y compris la coercition, le cas échéant, le pire pourrait arriver : l’implosion du pays, des violations et abus massifs des droits de l’homme et du droit international humanitaire ». Il demande à la communauté internationale, y compris les pays voisins, de tout mettre en œuvre « pour sevrer les groupes armés de toute fourniture d’armes, de logistique ou de soutien technique militaire ».
De toutes les façons, que ce soit l’une ou l’autre, aucune de ces tâches n’est aisée, puisque la réputation et la gloire du chef de la magistrature suprême de la RCA, Touadera, pourrait en pâtir. Son entourage demeure d’ailleurs mitigé sur la question. Si certains ne se font guère d’illusions, d’autres considèrent que le président a engrangé suffisamment d’atouts pour relever son pays.
Arnaud Kevin Ngano 
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