Conjoncture Cameroun : Incursion dans l’univers d’un coxeur de gravier

Une activité non négligeable dans la commercialisation de cet agrégat important pour la construction des infrastructures.

 

Traverser Olembé, un quartier de l’arrondissement de Yaoundé 1er, dans le département du Mfoundi, donne la possibilité à tout usager d’admirer une gamme variée des différents minerais (sable fin et sable Sanaga) entreposée sur les bennes de camions de dix ou douze roues mais plus encore, ce détour offre aussi l’opportunité d’être en contact avec des travailleurs de fortune postés aux abords du bitume qui dessert cette portion de la capitale camerounaise et reconnus sous le nom de « coxeur ».

Feuille de route du ‘’coxeur’’

« Bonjour, 5/15, 15/25, sable fin, sable Sanaga », la rhétorique est très souvent respectée par les hommes et les quelques femmes exerçant ce métier, dès qu’apparait dans le viseur de ceux-ci, un visage inconnu de cet environnement. Des paroles très souvent décryptées par tout acheteur qui cerne aisément qu’il s’agit d’une présentation brève des différents calibres de graviers et des variétés de sable, nécessaires pour la construction de routes et autres édifices publics ou privés, répondant aux ‘’normes actuelles de modernité’’.

Aussitôt la réponse donnée, c’est alors qu’entre en jeu, la dextérité verbale ou gestuelle de chaque ’’coxeur’’ qui tentera d’aguicher le client en lui proposant de continuer la conversation à l’intérieur d’un bureau de vente de ces agrégats ou à travers une présentation plus détaillée des prix en adéquation avec la commande de l’acheteur. Un compromis trouvé, s’en suit donc quelques manœuvres de la part du débrouillard auprès des chauffeurs de camion et des établissements reconnus par les carrières de vente d’agrégats de gravier pour parvenir livrer le produit dans le chantier.

L’insertion au ‘’Coxage’’

Comme la plupart des métiers informels, l’entrée au Coxage, nécessite une maitrise des principes moraux qui régissent cette activité. « Je suis entré dans le métier après l’obtention de mon Baccalauréat ‘’D’’ au collège la Confiance en 2000. Faute de moyen pour continuer à l’université, un grand-frère du village m’a introduit dans ce secteur » déclare de façon triste Janvier Etoga, coxeur à la base de sable sis au quartier Awae escalier à Yaoundé.  Accéder au titre de coxeur, passe explicitement par le parrainage d’un ainé de la corporation. Un cercle quelque peu hermétique de ces chômeurs déguisés qui servent de tremplin entre les chauffeurs de camions, les établissements qui sont agrées et les clients. Ils vivent de quelques dividendes, un salaire variable tiré à la suite de la vente d’un certain volume de sable ou de gravier. Un travail qui illustre à aisance la réalité de la société camerounaise, en proie à un taux de sous-emplois dépassant les 75%, pour une population jeunes estimée à plus 65%. Malheureusement celle-ci est abandonnée et désœuvrée, contrainte de se livrer à des petits métiers. Un choix précaire, dans l’attente que les 3,5% de la population représentant les gestionnaires de la fortune, âgés en moyenne de plus de 65 ans, ne consentissent de prendre un jour cette retraite clamée par plusieurs Organisations Internationales et rêvée par cette jeunesse sans lendemain.

Brice Ngolzok

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