Dr. Narcisse Ekongolo, DGA des Archives Nationales : « Pour passer à l’archivage numérique, il faut maitriser le préalable physique »

Le Directeur Général Adjoint des Archives Nationales parle des difficultés du secteur des archives au Cameroun, des solutions amorcées et des préalables pour basculer dans l’archivage électronique.  Le Dr Narcisse Ekongolo est l’invité de la Rédaction.  

Entretien coordonné par Anne Merveille Nna

 

Quels sont les problèmes auxquels les archivages font face au Cameroun.

Les difficultés se situent sur plusieurs ordres. Il y’a d’abord les infrastructures. Nous n’avons pas un bâtiment type des archives. On a des bâtiments comme beaucoup de pays africains, des bâtiments qui sont aménagés pour des archives. Et pourtant, les bâtiments d’archives sont des bâtiments fonctionnels, des bâtiments qui sont conçus pour accueillir toutes les fonctions archivistiques  que ce soit la collecte des documents, que ce soit la conservation, que ce soit la communication, etc.

Donc nous nous avons un bâtiment adapté comme tous les pays africains. C’est au niveau européen où les gens ont des bâtiments vraiment fonctionnels avec plusieurs fonctions, et en charge de la gestion des archives… Donc c’est très difficile de faire l’archivage pour un bâtiment déjà qui ne garantit pas toutes les fonctions sinon ça ne permet pas de mieux gérer les archives. Les bâtiments qui ne sont pas adaptés sont des bâtiments qui sont un peu corrosifs pour les archives, le mieux étant que les archives soient là pour être gardées dans la durabilité.  Donc ça c’est d’abord sur le plan des infrastructures. Au-delà des infrastructures, sur le débat des bâtiments, il y a aussi tous les rayonnages adaptés pour un certain type d’archives. Les photos ne se gardent pas comme les documents papiers, les documents papiers ne se gardent pas comme les films etc.  Donc on a tous ces infrastructures qui posent problème.

Maintenant sur le plan humain, on n’a pas beaucoup de cadres, on n’a pas beaucoup de personnels en quantité et en qualité pour prendre en compte le problème des archives. Voilà un peu très rapidement ce que je peux dire sur le problème des archives.

 

Qu’est ce que vous souhaiter notamment que l’Etat apporte pour que cela soit résolu ?

Bon l’Etat a déjà commencé à apporter beaucoup de solutions, par exemple le fait que l’ICA soit venu a déclenché un certain nombre de choses. Il y a un plan de sauvetage des archives qui a été adopté par le Cameroun où les questions des infrastructures vont être vraiment prises en compte. Déjà la réhabilitation  du bâtiment de Yaoundé et celui de Buea  qui sont les deux bâtiments des archives nationales. Ils vont être complètement réhabilités. Il y a même aussi un projet de construction d’un nouveau bâtiment. Donc le Gouvernement a déjà commencé à répondre à ces problèmes.

 

Le Cameroun comme les autres pays africains dispose  des archives qui sont à l’étranger  notamment dans les grands pays à l’instar de  l’Allemagne, la France, etc. Est ce que c’est parce qu’on n’a pas de bons moyens de conservation ? On ne peut pas les réclamer ?

Non c’est plus compliqué que ça. Ce n’est pas parce qu’on n’a pas de bons moyens qu’on ne peut pas les réclamer. Ca dépend déjà du statut de ces archives. Certaines archives se sont constitutionnellement partagées avec ces pays.  Donc il y a beaucoup de discussions pour partager cette mémoire. Ce n’est pas parce qu’on n’a pas de matériel qu’on ne peut pas les réclamer. Il y a des situations où  ce sont des documents qui sont partis pendant la colonisation, etc. Par exemple les documents de la colonisation- pas de la colonisation parce que le Cameroun n’a pas été colonisé par l’Allemagne – du protectorat allemand, vous savez comment les allemands sont partis du Cameroun. Ils sont partis précipitamment en emportant un bon nombre de matériels. Il y a des discussions pour partager aussi cette mémoire parce que c’est aussi l’histoire de l’Allemagne autant que l’histoire du Cameroun. Donc sur ce plan il n’y a pas de problème. Donc les dispositions sont entrain d’être prises pour que ces mémoires puissent être partagées.

 

Quelle est à peu près la taille des archives nationales ?

Vous parlez en termes de volumes… C’est quelque chose de plus de dix kilomètres de documents. C’est-à-dire si on pose les documents les uns après les autres, on peut faire dix kilomètres. En fait on compte les archives en mètres linéaires.

 

Quid de la formation des acteurs du secteur ?

On a la chance d’avoir une formation. Une très bonne formation à l’Esstic. Il y a un grand département des Sciences de l’information documentaire où il y a deux parcours, un parcours bibliothéconomie-documentation, et un parcours archivistique qui forme des personnes au niveau licence  et au niveau master. Donc sur ce plan, on n’a pas beaucoup de problèmes sur la formation. Et la plupart des enseignants travaillent ici. Evidemment nous donnons des cours à la banque. C’est en même temps un laboratoire pour créer une compétence et une expertise qui peut prendre en charge nos documents.

 

Quelle importance accordez-vous au numérique dans ce domaine de l’archivistique ?

Le numérique est arrivé et il y a eu une révolution du numérique. Tout le monde est d’accord  avec ça. Mais il faut poser beaucoup de questions avant de passer comme ça au numérique. Faut d’abord maîtriser le physique. On ne peut pas numériser ou bien passer dans l’archivage électronique si le préalable physique n’est pas encore très bien maîtrisé, très bien encadré. Donc le numérique, oui on est dans une civilisation un peu numérique. Je vais vous révéler que plus de 90% de l’information produite aujourd’hui dans les bureaux, sont produites de manière électronique. Ils sont après masterisés, imprimés après. Mais toute l’information aujourd’hui est produite presque de manière numérique. Donc il faut prendre en charge ces documents qui sont créés. Les archives nationales sont très conscientes de ce problème, et on est en pleine réflexion pour aller vers l’archivage numérique. Mais pour y aller il faut des préalables, faut poser des besoins, il faut poser le périmètre des documents qui vont être numérisés, est ce qu’il faut numériser tout, est ce qu’il faut numériser une partie ? Il faut commencer par quoi ?

 

Donc c’est bien beau, mais j’ai souvent l’habitude de dire que les gens prennent souvent cette histoire comme si la réponse est tout de suite le numérique. Mais quelle est la question au préalable ? J’espère qu’on va y aller. Mais avant d’y aller, il faut qu’on se pose vraiment de très bonnes questions. Parce que dans l’expérience des autres pays, chaque pays a son expérience en archivage numérique ou en numérisation. Certains ont numérisé une partie, d’autres n’ont numérisé que des outils d’accès…Personne n’a numérisé tout le fond. Et si on numérise tout le fond, qu’est ce qu’on fait du physique ? Il y a toutes ces questions d’abord à régler préalablement avant de sauter le pas.

 

 

 

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