Droits de l’enfant: une génération sacrifiée au Cameroun

Le Fonds des nations unies pour l’enfance (Unicef), renseigne que plus de 850.000 enfants sont privés d’éducation, à cause de la guerre qui sévit dans les régions du Sud-Ouest et du Nord-Ouest, depuis quatre ans. Une révélation inquiétante ce 16 juin 2021, jour de célébration de la journée de l’enfant africain.

Maïmouna, 16 ans et déjà mère d’un enfant (une fille) de 11 mois, est une déplacée interne, non scolarisée. Après avoir été obligée par les sécessionnistes à arrêter l’école, elle a fui le village “Tombe”, dans le département du Ndian, région du Sud-Ouest, pour Yaoundé, à cause de la recrudescence des violences meurtrières.

Depuis son arrivée dans la capitale du pays, le quotidien de cette serveuse dans un bar au quartier Mendong à Yaoundé, est extrêmement difficile. « Je passe très souvent des journées sans manger ; nourrir mon bébé n’est pas également facile », déclare-t-elle, presqu’en larme. Celle qui a cru fuir le mal, estime être en train de vivre le pire ici.

Quand Maïmouna arrive inopinément dans cette ville francophone, elle est reçu dans une famille d’accueille, rattachée à une église de réveil. Elle y vit des moments inimaginables et déplorables: « j’ai été violée par le pasteur de cette église. Il m’a enceinté et m’a transmis le VIH. Quand je l’ai dévoilé, on m’a jeté à la rue. Heureusement que ma fille est saine », raconte-t-elle.

Impact de la non-scolarisation

Comme Maïmouna, de nombreux enfants empêchés d’aller à l’école et fuyant la guerre dans les zones anglophones du Cameroun, sont victimes de grossesses précoces, errent dans les rue en longueur de journée en s’adonnant au voyoutisme et banditisme, surtout s’ils et elles n’ont pas encore contractés une maladie. Dans le souci de soutenir leur famille ou d’être autonome, d’autres décident de combattre avec « les séparatistes » ou de plonger dans la prostitution.

« Les enfants sont dans la rue, relève Ilaria Allegrozi, chercheuse à l’Organisation non gouvernementale Human Right Watch, ils ne vont plus à l’école, ils sont privés de leur droit fondamental à l’éducation. Ils deviennent la proie des sécessionnistes, des criminels ». Elle ajoute par la suite qu’«au moins deux enseignants kidnappés par les séparatistes en 2018 et 2019, m’ont dit qu’ils avaient été amenés dans deux camps dans la brousse, dans le Sud-Ouest. Ils ont remarqué que, parmi leurs kidnappeurs, il y avait des jeunes hommes qui avaient l’air d’avoir moins de 18 ans ».

Selon Divina Maloum, de l’association Enfant pour la Paix« beaucoup de jeunes sont considérés plus que les grands, parce que les enfants peuvent ne pas ressentir la peur. Ils peuvent être préférés aux adultes parce qu’ils acceptent des tâches plus dangereuse. » Pourtant ces groupes armées qui continuent de recruter, pense la jeune camerounaise, utilise ces enfants, les dépouillent de leur dignité, non sans détruire leur vie et leur avenir.

Aucune protection de l’enfant

De graves violences infligées aux enfants des régions du Sud-Ouest et du Nord-Ouest depuis Octobre 2016, avec l’appel au boycott des écoles et des établissements scolaires. Ces lieux sacrés, sont visiblement les plus affectés par cette instabilité socio-politique. Ainsi est-il clair, que la protection de l’enfant est bafouée! « Les séparatistes ont utilisé l’école comme une arme pour atteindre leur objectif politique », confirme Ilaria Allegrozi.

Cette situation qui engendre les quatre grands types de violences que distingue l’Organisation mondiale de la santé ( violences physiques, négligence, violences sexuelles et violences psychologiques), a plusieurs fois été décriée par les agences de l’Organisation des nations unies. Le gouvernement camerounais qui affronte sérieusement des troupes armées, a souvent été accusé de s’être « engagé de manière superficielle », pour trouver une solution au problème. L’ONU à travers l’Unicef, a même exigé de « faire en sorte que l’éducation reste au dessus de la politique ».

C’est sans doute cela qui a favorisé le choix du thème de la 31e édition de la journée de l’enfant africain au Cameroun: « protéger chaque enfant contre la violence, l’exploitation, les négligences et les abus : une priorité pour le gouvernement camerounais ». Une véritable interpellation à l’endroit des autorités et dirigeants du pays.

Arnaud Kevin Ngano

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