Fourniture du carburant : la synergie des acteurs du secteur s’impose

Touché de plein fouet par la hausse des produits pétroliers, le Cameroun se trouve dans l’obligation de peaufiner une nouvelle stratégie d’approvisionnement.

La guerre en Ukraine est un phénomène nouveau. Elle est venue révéler à la face du monde l’interdépendance économique des nations des unes aux autres. C’est un fait, à cause de cette guerre, l’approvisionnement en produits pétroliers connait des difficultés énormes ces derniers temps. Les prix du carburant ont été grossièrement revus à la hausse. Le Cameroun est touché par cette hausse.

Depuis le déclenchement de la guerre entre l’Ukraine et la Russie, le 24 février dernier, les cours du baril de pétrole et des cotations des produits raffinés sont en hausse constante sur le marché international. C’est ainsi que les coûts du brut, qui étaient de moins de 80 USD/baril le 1er janvier 2022, ne cessent d’augmenter au point d’atteindre 127 USD/baril le 10 juin 2022, correspondant à une hausse de 59%.

Si le consommateur ne ressent pas pour le moment les conséquences de cette augmentation spectaculaire dans son porte-monnaie, c’est parce que le gouvernement paie la note salée : plus de 672 milliard de FCFA de subvention par an depuis le début de la crise ukrainienne. Il importe de relever qu’une simulation récente faite par la Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures (CSPH) laisse apparaître un manque à gagner de 509,36 FCFA/litre pour le super et 625,38 FCFA/litre pour le gasoil au mois de juin 2022; ce qui génèrerait une subvention de l’Etat de l’ordre de 5 à 6 milliards pour la cargaison de 10 000 m3 de super / gasoil; soit un soutien budgétaire de l’ordre de 80 milliards FCFA pour le seul mois de juin.
Il faut préciser que le gouvernement via le ministère de l’eau et de l’énergie, a fait de la lutte contre la pénurie du carburant son cheval de bataille.

A cause de la crise russo-ukrainienne, la flambée des prix est internationale, et tous les pays même parmi les plus développés, accusent le coup. Ce n’est donc pas une exclusivité camerounaise. Le gouvernement camerounais fait ce qu’il peut dans la mesure de son possible pour que le consommateur ne subisse pas cette situation généralisée. Aussi, le Cameroun apparaît comme l’un des nombreux pays ayant jusqu’à ici le mieux tiré son épingle du jeu, grâce à la batterie de mesures d’ajustement et d’accompagnement instruites par le Chef de l’Etat, Paul BIYA. Et maintenant, compte tenu du contexte actuel, le risque de pénurie de carburant est- il réel ?

Il faut dire qu’entre l’embargo contre le brut russe, la volatilité des cours de pétrole et la flambée des prix du baril, les difficultés d’approvisionnement en carburant font planer les craintes de disette sur le continent africain. De Pretoria à Rabat en passant par Kinshasa, Bamako, Kigali ou encore Tunis, les citoyens endurent la fluctuation des marchés de l’or noir et ses répercussions sur les prix du carburant. En Centrafrique, les stations-services sont à court de carburant et le ravitaillement se fait attendre.

Selon Kamel Bennaceur, ancien ministre Tunisien de l’Industrie, de l’Energie et des mines et par ailleurs président de l’organisation international des ingénieurs du pétrole (society of petroleum), un nouvel embargo sur les exportations énergétiques russes créerait un effet de pénurie important qui pousserait les prix du baril brut au-dessus de 200 dollars et il y aura un danger d’approvisionnement dans le monde incluant les pays africains .En claire, le risque de pénurie de carburant en Afrique évoluera étroitement au rythme de la situation en Ukraine et des nouvelles décisions occidentales.

L’urgence d’une synergie des acteurs

La lutte contre la pénurie du carburant au niveau du Cameroun ne doit pas être abandonnée au gouvernement. Notons que la situation a davantage commencé à se corser avec la guerre en Ukraine. La SCDP, la sonara, la CSPH, la SNH, les Douanes, les traders, les fournisseurs, les distributeurs et les banques doivent se mobiliser au côté du gouvernement Cameroun pour éviter la pénurie. Ceci d’autant plus, que les importateurs et la Société nationale de raffinage (Sonara), éprouvent actuellement de sérieuses difficultés à mobiliser les ressources financières nécessaires pour la couverture des importations des produits pétroliers.

Cette situation procède de la hausse drastique des cotations des produits pétroliers qui sont passées de 751 USD/TM pour le super et 673 USD/TM pour le gasoil à 1 420 USD/TM et 1 300 USD/TM respectivement, soit une augmentation de 89% pour le super et 93% pour le gasoil. A titre d’exemple, il faut aujourd’hui aux importateurs, mobiliser auprès d’une banque environ 8 milliards FCFA pour le financement d’une cargaison de 10 000 m3 de super / gasoil, contre 4 milliards FCFA en janvier 2022 pour le même volume.

Les importateurs appellent à la facilitation des procédures de financements par les banques. Car, la difficulté de mobilisation des financements auprès des banques émettrices des lettres de crédits, du fait des contraintes imposées par la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac), celle-ci exigeant plusieurs documents aux importateurs, notamment les quittances douanières, qui ne sont pas toujours disponibles à temps, après les compensations douanières; la mise à disposition tardive par la Beac des devises permettant de régler les lettres de crédit, ce qui rallonge les périodes de livraison et entraîne des tensions sur l’approvisionnement du pays en produits pétroliers; l’accumulation et le non-paiement des manques à gagner par l’Etat au titre de la subvention des prix des produits pétroliers à la pompe.

Selon les informations à notre possession, certains acteurs de la chaine sont clairement défaillants. Rappelons que la guerre en russo-ukrainienne a engendré la rareté du carburant et que la Russie fournit 85 à 90% du brut raffiné dans le monde. Dans ce contexte, les sanctions infligées à la Russie par les occidentaux sont venues aggraver la situation. D’après la société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP), en Afrique, les capacités de production de l’ensemble des raffineries sont en deçà de la demande nationale.

Nonobstant cette réalité, la détermination du gouvernement camerounais à assurer l’approvisionnement du pays est total face aux énormes difficultés causées par la guerre ukrainienne. Il faut dire que les principaux fournisseurs du Cameroun comme ceux de la plupart des pays du golfe de guinée s’approvisionnent en Russie. Or, les sanctions économiques prises contre la Russie ont restreint l’accès à ce marché et donc à l’hydrocarbure.

Ainsi, il restera très peu de marges de manœuvre à l’état en cas de persistance ou de prolongement de la situation de crise en Ukraine pour continuer de soutenir avec la même efficacité le prix à la pompe.

Source : Journal l’Avenir

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