Guy Bayong : “Nous les pentecôtistes ne sommes pas des sous-camerounais”.

Le leader religieux et entrepreneur Guy Leonce Bayong, apprécie le comportement du gouvernement camerounais envers les pentecôtistes. Pour lui, le ras le bol risque de prendre corps très bientôt. Il répond aux questions de www.actualiteducameroun.com

Il y a de cela quelques jours, le gouvernement camerounais à travers le ministre de l’administration territoriale, Paul Atanga Nji, a remis un important don de kits de lutte contre la maladie à coronavirus 2019, aux communautés religieuses de Yaoundé, la capitale du Cameroun. Il s’agissait particulièrement de la communauté musulmane, des catholiques et des protestants à ce que nous sachions. Mais peut-être qu’une partie de cette information nous a échappée. Est-ce que les leaders pentecôtistes ont aussi bénéficié de ce don ?

Nous avons suivi avec intérêt l’intervention du chef de l’Etat, déjà dans son message qui s’adressait aux religieux pour solliciter leur appui dans cette lutte contre cette pandémie. C’est ainsi que nous avons constaté dan s la même vaine, la remise des dons à certaines communautés, il faut le préciser. Dire que ça a été donné aux religieux, c’est exagérer. Le gouvernement a privilégié comme d’habitude, les communautés auxquelles appartiennent beaucoup de nos leaders politiques. C’est peut-être un don pour leurs chapelles.

En ce qui nous concerne, s’il s’agit d’un acte d’Etat, il faudrait qu’il soit impartial. Nous les pentecôtistes ne sommes pas des sous-camerounais. Je veux même dire que s’il faut faire des distributions stratégiques , il faudrait considérer la délicatesse de la communauté pentecôtiste, d’autant plus qu’ils croient généralement en la guérison divine. Donc, il serait un côté sensible pour la propagation du virus. Nous ne sommes pas insensibles aux faits de cette marginalisation répété contre les églises pentecôtistes au Cameroun.

Au-delà des limites que vous relevez, si l’on avait commencé par vous demander l’interprétation que vous faites de ce geste, qu’auriez-vous dit ?

Moi, je crois qu’au départ, c’est d’abord quelque chose de bien, parce qu’il faut lutter contre la pandémie de Covid-19, qui fait des ravages. Et je crois que le chef de l’Etat et ses collaborateurs, sont en train de faire de leur mieux pour repousser cette méchante maladie hors des portes du Cameroun. Mais seulement, il faudrait poser des actes réfléchis. La communauté camerounaise est une communauté multiforme, une communauté multi-religieuse, avec un certain nombre de sensibilité. C’est comme si vous diriez aujourd’hui, que vous allez faire des choses et vous négligez les anglophones, vous voyez ce que cela a provoqué.

Peut-être qu’on les considérait comme rien du tout, et on avait semé un certain nombre de chose, qui aujourd’hui nous cause des problèmes. Il ne faut pas qu’on reste sans avoir appris de ces choses là. Nous ne devons pas marginaliser une communauté particulière ici au Cameroun. Quand il y a un Président de la République, c’est le chef de l’Etat de tout le monde. Nous payons les impôts, nous sommes des citoyens avec des droits et des devoirs.

Face à cette négligence ou marginalisation comme vous l’appelez, qu’est-ce que vous envisagez ?

Jusqu’ici nous sommes en train de nous réunir, et de porter des réflexions auprès de nos communautés qui, je vous ai dit, sont depuis le début assez sensibles du fait qu’elles croient à la guérison divine. Donc le réflexe chez un pentecôtiste c’est de croire que Dieu va le soigner plutôt que de se protéger; et même, pour lui, ça peut être un acte de foi, de ne pas se soigner. Mais nous en tant que leaders et responsables, avons un rôle pédagogique pour pouvoir sensibiliser les nôtres et les accompagner dans ce moment délicat.

C’est pour cela que nous voulons que les pouvoirs publics considère la sensibilité de cette communauté, et même, croire que ceux qui ont le plus besoin de ce genre d’accompagnement, ce soit des pentecôtistes prioritairement, qui parfois n’ont pas plus d’hôpitaux que les musulmans ; ils n’ont pas plus d’hôpitaux que les catholiques ou les protestants. Il faudrait que ces actions continuent de toucher les plus sensibles.

Propos recueillis par Arnaud Kévin Ngano

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