Jean Bonheur Tchouafa: Je Suis candidat à la peine de mort

À l’heure où les camerounais appellent de tous leurs vœux à la tenue d’un dialogue inclusif pour le retour de la paix dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, une centaine d’autres camerounais se trouvant derrière les barreaux de la prison centrale et de la prison principale de Kondengui sont en attente de leur condamnation à la peine à mort et j’en fais partie.

 

Je serai condamné à mort et pourtant j’ai le cœur léger, drapé de mon costume d’innocence de tous les faits d’hostilité contre la patrie, d’insurrection, de rébellion, de réunion et de manifestations, de complicité d’outrage au Président de la République, d’attroupement à caractère politique, de complicité de dégradation de biens publics ou classés, de complicité de destruction de biens publics ou privés retenus contre moi  au tribunal militaire de Yaoundé par un juge militaire alors même que je suis un civil.

 

Je suis en effet un jeune Enseignant de Mathématiques, diplômé de la première promotion de l’École Normale Supérieure de Maroua. Je ne suis pas hostile à la patrie, j’aime tout au contraire ma patrie et je l’ai servie dans ses profondeurs notamment à Kaele dans la région de l’Extrême-Nord et à Padarmé dans la Région du Nord. J’ai eu ainsi l’occasion de connaître la souffrance des plus pauvres et des plus humbles qui n’ont pour seuls repas que le coucous de mil rouge, le couscous de mil blanc, le couscous de maïs, et le couscous de sorgo qui sont consommés de lundi à dimanche avec de la sauce dite de foléré ou de nyèbè. J’ai eu ainsi l’occasion de voir des camerounais, oui des camerounais non pas des maliens creuser des petits trous dans les mayos pour y recueillir de l’eau destinée à la consommation et à tous les travaux ménagers.

 

Ici en prison, lorsque deux prisonniers discutent de façon houleuse et surtout lorsque l’un estime qu’il est injustement privé de liberté, on entend régulièrement cette phrase « est ce que tu as été arrêté à l’église ? ». Cette question par principe n’attend pas une réponse mais veut signifier implicitement et ironiquement qu’il n y a aucun innocent en prison. Vu sous cet angle, je ne suis certainement donc pas innocent. Oui je suis coupable, mon seul crime est d’avoir cru et adhéré au MRC et d’avoir participé à une marche pacifique à Dschang le 26 janvier 2019 pour exprimer ma vision de la société camerounaise.

 

 Oui, je suis coupable, non pas des huit faits imaginaires cités ci-dessus mais coupable d’avoir adhéré au parti qui a une vision réelle pour faire renaître le Cameroun, notre cher et beau pays.

 

Permettez moi de vous raconter les motivations de mon adhésion à ce parti. Je me souviens qu’avant ma réussite au concours d’entrée à l’école normale, je m’étais une fois amusé à compter le nombre de concours auxquels je m’étais présenté sans succès et j’ai eu pour résultat 25 (vingt-cinq) pourtant je n’ai jamais été un neuneu durant tout mon parcours. Loin d’accuser la corruption et le favoritisme qui sont des entraves réelles à l’ascension sociale dans mon pays, je mets plutôt l’accent sur une carence de vision politique à laquelle le social libéralisme qui est l’idéologie du MRC apporte une réponse concrète. Le social libéralisme met l’accent sur initiative privée en libérant les énergies et en même temps, l’Etat qui est garant de la collectivité globale doit corriger les inégalités dans sa fonction de redistribution pour que personne ne soit laissé au bord du chemin car dans une société comme dans une famille tout le monde n’a pas les mêmes forces, ni les mêmes chances tout comme les cinq doigts de la main n’ont pas la même taille et pourtant chaque doigt est utile. L’Etat prend donc soins des camerounais qui n’y arrivent pas pour des raisons diverses, vous pouvez par exemple être une personne surdouée, douée d’incommensurables talents mais grandir dans un environnement qui ne vous favorise pas ou même alors être accidenté, la collectivité ne saurait vous abandonner : Voilà en clair l’idée sous-jacente du libéralisme social, idéologie du MRC qui m’a séduite au crépuscule de mes 25 concours présentés sans succès. Un petit détail, qui du reste n’est pas anodin mérite d’être relevé, le MRC était même en avance sur le Président Macron concernant le plan de la doctrine car celle de Macron est en effet une tentative de synthèse du libéralisme et du socialisme et c’est ce que le MRC a compris avant tout le monde puisque le MRC a analysé historiquement les différents courants et s’est rendu compte qu’il y a une convergence doctrinale évidente entre les deux courants, il n’y a donc plus de frontière étanche entre les libéraux d’un côté et les socialistes de l’autre.

EN SOMME, LE MRC EST UN PARTI DE LA SYNTHÈSE IDÉOLOGIQUE QUI MET L’HOMME AU CŒUR DE L’ACTION POLITIQUE.

 

Pour avoir connu et vécu in situ et en présentiel la souffrance aux côtés des plus faibles et des plus humbles dans les profondeurs du pays et après avoir été convaincu des réponses adéquates que le MRC apportera à ces souffrances, mon adhésion a été actée en début d’année 2013.

 

Je suis donc candidat à la peine à mort et je suis pourtant serein mais aussi surprenant que cela puisse paraitre j’ai été moins serein par le passé en flirtant avec la mort à deux reprises aux côtés de Maurice KAMTO, le Président Élu.

 

La première fois c’était le 15 juillet 2018 à Tokombere, chef lieu du département du Mayo-Sava, région de l’extrême nord pendant la tournée de pré-campagne de Maurice KAMTO. Il n’est pas superflu de rappeler que la veille, en date du 14 juillet 2018,  l’Honorable CAVAYE YEGUIE DJIBRIL Président de l’Assemblée National avait procédé à la destruction par le feu des tee-shirts, plaques et bien d’autres gadgets du MRC à la maison du parti à Maroua lors d’un meeting du Rdpc et ce, en présence du Ministre de la jeunesse et de l’éducation civique  MOUMOUNA FOUTSOU, du Ministre de l’élevage, des pêches et des industries animales Dr. TAÏGA, du Ministre Délégué auprès du Ministre des Finances YAOUBA ABDOULAYE, et du Ministre délégué auprès du Ministre des Relations extérieures Chargé des Relations avec le Monde Islamique ADOUM GARGOUM. Notre présence à Tokombere le jour suivant n’était pour autant pas une riposte à cet acte de vandalisme mais plutôt la poursuite d’un programme de tournée de pré-campagne qui allait du 11 juillet 2018 au 18 juillet 2018 pour la région de l’Extrême-Nord.

 

À notre arrivée à l’entrée de Tokombere autour de 12h, nous découvrons des tee-shirts du Rdpc qui ont été étalés au sol et qui couvrent complètement la route. Ces tee-shirts ont été ainsi étalés par les populations qui nous invite d’ailleurs à en faire notre marchepied en réponse à la destruction de nos tee-shirts orchestrée la veille. Que ce fusse un piège ou non, Maurice KAMTO était sorti du véhicule pour prier les populations de les ramasser tout en leur signifiant que nous sommes républicains et nous n’opposerons jamais la barbarie à la barbarie, nous opposerons à la barbarie la force du droit. (En date du 19 juillet 2018 soit quatre jours plus tard, le MRC portera donc plainte contre ces cinq personnalités citées ci-dessus). Les populations s’exécutèrent et nous regagnions nos véhicules pour faire notre entrée dans la ville.

 

La marrée humaine présente était de telle enseigne qu’il n y avait vraiment pas moyen de continuer à rouler.

 

Au milieu des groupements  Makalingaï, Molko, Palbara, Guemzek, Mouyengue, Serawa, Moundouvaya, Bariki, Mada, Ouldeme, Kojing, Mboko, Serawa, où le MRC est implanté et ayant fait le déplacement depuis les confins de l’ensemble de l’arrondissement et qui sont identifiables par leur plaque, nous apercevons trois féticheurs se frayer un chemin pour se diriger  au pas de course vers notre cortège. Leur accoutrement ne laisse aucun doute sur leur identité de féticheurs. Chacun d’entre eux dispose d’une calebasse remplie de décoction, d’un sac de grigris. Arrivée à notre niveau ils se présentent comme des féticheurs venus des hautes montagnes pour briser un sort. Lequel sort? Il se susurre qu’une élite du village après avoir convoqué et présidé une réunion à laquelle prenaient part des chefs traditionnels et à qui il a demandé d’user de leur pouvoir mystique pour empêcher l’arrivée de Maurice KAMTO, a ensuite fait venir un très grand sorcier du Soudan. Lequel sorcier a passé plusieurs jours à Tokombere pour faire des incantations dans les lieux où Maurice KAMTO et ceux qui l’accompagnent vont passer obligatoirement à pieds et l’objectif visé est soit de rendre fou Maurice KAMTO et tous ceux qui l’accompagnent, soit de les éliminer physiquement. Ledit sorcier aurait donc enterré plusieurs bœufs vivants et bien d’autres bétails à plusieurs endroits dans le village. Histoire cousue de toute pièce ou alors faits avérés, je ne suis pas en mesure ni de les confirmer ni de les affaiblir mais il est indéniable que tout le monde en parle avec un air on ne peut plus sérieux qui fait frémir.

 

D’ailleurs, les féticheurs venus des hautes montagnes prennent leur mission qu’ils se sont eux même assignée très au sérieux et rien ne peut les dissuader du contraire. Ces féticheurs prendront la tête de notre délégation aussitôt que nous sortirons de nos véhicules, ils seront nos guides et feront des incantations en avançant tandis que nous les suivrons au pas. Ils s’adonneront à cette pratique avant, pendant et après le meeting jusqu’à ce que nous regagnions nos véhicules.

 

La deuxième fois où j’ai craint de perdre ma vie c’était dans la nuit du 19 au 20 juillet 2018 dans le village Pitchoumba de retour d’un meeting que nous avions tenu à Poli, chef lieu du département du Faro dans la région du Nord.

 

En effet après avoir fini avec l’étape de l’Extrême-Nord (tournée de pré-campagne) le 18 juillet, nous avons immédiatement entamé avec l’étape de la région du Nord. Le premier meeting de cette tournée dans le Nord fut l’étape très courue de Poli que nous avons rallié à 18h pourtant partis de Garoua autour de 10h, la faute à un état de route on ne peut plus impraticable.

 

Il faut dire que sur le chemin de l’aller nous avons abandonné deux véhicules en l’occurrence la 4×4 du Président Maurice KAMTO. Contraint de réduire l’équipe, nous serons sept à faire cette étape à savoir le Président Maurice KAMTO, La Cinquième Vice-Présidente Mme Aïssatou Saadou, le Secrétaire Général du parti Me Ndong Christopher, le Coordonnateur National à l’implantation du parti Zamboue Pascal, Le défunt Régional de l’Ouest Christophe KAMDEM, un membre du Directoire Régional MRC pour le Nord et moi même. Tandis que le Président Maurice KAMTO, faisant preuve de galanterie prendra place à l’avant du véhicule de marque TOYATA AVENSIS familiale de Christophe KAMDEM et laissera le siège arrière à Mme Aïssatou Saadou toute seule, nous autres formant le reste de l’équipe, allons nous débrouiller avec des motos interpellés dans le coin et c’est dans ces conditions que nous parviendrons à Poli pour y tenir notre meeting de lancement officiel de la tournée de pré-campagne dans la région du Nord.

 

Sur le chemin retour de Poli, ayant loué un deuxième véhicule pour nous qui sommes arrivés à Poli à motos,  nous nous retrouvons dans une rivière de circonstance favorisée par une forte pluie et nos véhicules sont presque ensevelis sous les eaux à l’image de ce que nous avons coutume de voir à la poste centrale de Yaoundé quand il pleut. La différence avec la poste centrale réside en le fait que du côté droit de la route, nous avons une chaîne montagneuse dite des monts atlantika desquels dégoulinent plusieurs courants pour ravitailler la rivière et du côté gauche se trouve un ravin. Nous sommes donc entraînés de la droite vers la gauche en direction du ravin. Je n’ai jamais eu autant de sueurs froides et de frayeurs de ma vie.

 

Nous sortirons du véhicule par les ouvertures et avec Maurice KAMTO himself à nos côtés, nous parviendrons à pousser hors de l’eau les deux véhicules de notre cortège. Je me rappelle encore de ces propos que Maurice KAMTO nous avait alors opposés lorsque nous le priions de ne pas pousser le véhicule : « à l’étape où nous sommes rendus, il n’y a plus de Monsieur le Président qui tienne, c’est une question de survie et nous périrons ensemble ou nous survivrons ensemble mais soyons fermes en confiance, nous survivrons ensemble ». C’est l’occasion pour moi de dire au Président qu’il m’écherra l’honneur d’être condamné à ses côtés dans les prochains jours.

 

Je suis donc candidat à la peine à mort et pourtant je savais pertinemment que c’est comme ça que Maurice KAMTO allait faire.

 

En effet, le 18 juillet 2018 après avoir tenu trois meetings successivement à Touloum, à Gouloulou et à Doukoula, nous avons tenu un dernier meeting à Kaele avec tous les étudiants de l’Institut des Mines et des Industries Pétrolières (IMIP). Les jeunes étudiants avaient beaucoup de questions à poser à Maurice KAMTO parmi lesquelles celles relatives à la protection du scrutin. Concernant la protection du scrutin, Maurice KAMTO répondra dans un ton grave et ferme et là je le cite avec ses propres mots sans paraphrase : «Si l’élection du 07 octobre prochain fait de moi le prochain Président de la République dans les urnes, je n’accepterai jamais que le vote des Camerounais soit détourné et vous pouvez compter sur moi ».

J’avais d’ailleurs rapporté ces propos dans un article que tout le monde peut retrouver sur mon mur facebook en date du 18 juillet 2018.

 

Ayant remarqué comme tous les autres camerounais que la somme des pourcentages attribués à chaque candidat à l’élection du 7 octobre 2018 était de 100,48% ce qui est une curiosité mathématique, ayant remarqué que pour la campagne présidentielle, le Président sortant et d’ailleurs déclaré vainqueur s’était illustré par un post sur Facebook, un autre sur Twitter, un demi meeting à Maroua qu’il avait rejoint à l’aller comme au retour par vol et c’était tout, ayant personnellement assisté à plusieurs cas de fraudes sauvages, massives et barbares dans le département de la Menoua lors de ce scrutin, je savais donc pertinemment que Maurice KAMTO allait défendre le vote du peuple camerounais et c’est avec honneur qu’à ses côtés je me bat.

 

À quelques jours de ma condamnation, j’ai une pensée pour mes Lionnes, pour ma famille et mes amis et pour le peuple camerounais.

 

À mes Lionnes, Suzie, Winnie et Dulcie– À Suzie mon épouse je demande d’inculquer à nos filles la continuité du combat que j’ai mené pour elles. Elles doivent mener pour leurs enfants le combat que j’ai mené pour elles. À ma fille aînée Winnie âgée de 4 ans seulement, je demande de rester dans la vérité et de répéter comme elle le fait déjà à tous ceux qui viennent à la maison que son père est en prison et en citant nommément qui l’a arrêté et continue de le garder injustement. À ma fille Dulcie née le 25 août 2019 et que je n’ai pas encore eu l’occasion de serrer dans mes bras, tu es née dans la résistance et tu es d’ores et déjà une amazone. À ma famille et à mes amis, ce fut difficile de vous faire accepter mon engagement politique il y’a quelques années mais au fil du temps vous m’avez accepté, compris et soutenu, restez dans la joie. Au peuple camerounais, que ma condamnation et celle de tous mes compagnons d’infortune soit l’eau du moulin de la résistance.

Non au hold up électoral

Oui au dialogue inclusif pour le retour de la paix dans les régions du Nord Ouest et du Sud Ouest.

Non à l’impunité face aux détournements de la fortune publique.

Jean Bonheur Tchouafa

Prison Centrale de Kondengui le 23 septembre  2019

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