L’espoir retrouvé après une réparation des fistules obstétricales à Ngaoundéré

L’hôpital protestant de Ngaoundéré apparaît de plus en plus comme étant une référence dans la sous région, en matière de réparation des fistules obstétricales. Ceci grâce au soutien du Fonds des nations unies pour la population (Unfpa).

Assise à même le sol, la main gauche tenant la tête, Rabiatou, 36 ans, a le regard lointain. Elle a vécu trois cas de mortalité sur trois naissances, non sans subir les fistules obstétricales pendant une quinzaine d’année. Le cœur brisé, cette jeune fille mariée, est hospitalisée dans l’une des salles du bâtiment réhabilité par le Fonds des nations unies pour la populations (Unfpa) à l’hôpital Norvégien de Ngaoundéré, ce 21 août 2021.

“Ici sont réparés les fistules obstétricale” au Cameroun.  ©: A.K.N.

« Elle est venue pour fistules vésico-vaginales et elle a été opérée il y a un mois. Mais puisqu’elle perdait toujours les urines, on l’a opéré à nouveau, et cette fois ci, ça va déjà », explique Généviève Abbe, infirmière accoucheuse. Opérée en 2019 dans ce même centre de l’hôpital protestant de Ngaoundéré, Rabiatou revient en 2021, à la suite d’un accouchement malheureux, par césarienne. C’était dans une formation hospitalière où elle est installée, dans le département de Mayo-Banyo, région de l’Adamaoua.

L’isolement

Avant qu’elle ne soit référée au centre de l’espoir retrouvé grâce à son époux polygame, Rabiatou a fait l’objet des rejets en famille et en société. « Depuis que j’ai contracté la maladie, je suis toujours triste; j’ai toujours passé mon temps à pleurer parce que la société me rejette. Quand je préparais, je mangeais seule, la famille m’a beaucoup isolé », raconte elle, les larmes aux yeux.

Le centre de réparation des fistules obstétricales de Ngaoundéré est constitué de trois bâtiments réhabilités par l’Unfpa.  ©: A.K.N.

Prise en charge dans le cadre du Projet d’appui à la santé maternelle, néonatale et infantile (Pasmni) soutenu par l’Unfpa, Rabiatou n’est pas seule à être passée par ce centre. « Pour le plan de travail 2021, il nous avait été demandé de réparer 45 femmes. Mais à l’issue de la campagne que nous avons eu cette année, nous nous sommes rendu compte que le nombre avait largement dépassé les 45. Ainsi avec l’accord de l’Unfpa, nous avons eu l’autorisation de prendre 100 femmes pour cette année seulement. Jusqu’ici nous sommes à 51. Il y en a qui attendent, il y en a qui certainement vont aussi venir » précise le chef de centre.

Les croyances: un sérieux problème

Dans cette région de l’Adamaoua comme dans plusieurs autres du septentrion et de l’Est-Cameroun, la population considère les fistules obstétricales comme un mauvais sort et les femmes ont souvent préféré accoucher à la maison au lieu d’aller à l’hôpital. C’est une tradition qui est sérieusement combattue par le gouvernement camerounais et ses partenaires certes, mais pas encore éradiquée, et d’ailleurs, des efforts doivent davantage être fournis.

Ce centre comporte 5 salles d’hospitalisation pour les victimes de fistules obstétricales.  ©: A.K.N.

Depuis 2018 la prise en charge des victimes de fistules obstétricales est totalement gratuite au centre de réparation du district obstétrical de l’hôpital protestant de Ngaoundéré, apprend-on. Même s’il y en a qui continuent de croire que cette maladie résulte d’une malédiction. « Avant, les réparations étaient payante ( au moins 200.000 francs CFA, sans compter qu’il faut payer le transport pour y aller, votre séjour, nutrition et les médicaments), et on ne prenait pas en charge à Ngaoundéré, mais plutôt dans les hôpitaux centraux et généraux de Yaoundé et Douala. L’Unfpa prend entièrement en charge ces femmes depuis pratiquement quatre ans, que ce soit pour l’opération, le transport où la nutrition » réitère le chef de centre.

Cette fois-ci, Rabiatou a eu de la chance. Non seulement elle a été mieux suivi que lors de son précédant passage, mais surtout bénéficie-t-elle d’une assistance particulière pendant tout son séjour audit centre de réparation des fistules obstétricales. Sa grand-mère, Haram Koulsouloum, vivant au Nigéria assure donc le rôle de garde malade. Contente, Haram Koulsouloum remercie toute l’équipe qui a travaillée sur sa petite fille.

Arnaud Kevin Ngano envoyé spécial à Ngaoundéré

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