Marché Mokolo: le calvaire des travailleurs

Le quotidien et les fins de mois des commerçants du marché Mokolo ne sont pas du tout facile, constate-t-on en y faisant un tour.

Il est 17 heures au marché Mokolo. La pluie vient juste de s’arrêter. Les commerçants rangent leurs marchandises. C’est l’heure du départ. Les patrons sont rentrés il y a de cela 3 heures. Les employés ferment les boutiques. Insatisfait de leur travail, certains n’ont pas toujours le choix que de mener cette activité.

« J’ai déjà essayé de quitter d’ici plusieurs fois mais je ne trouve pas mieux et je n’aimerais pas retourner au chômage », affirme Colince, 22 ans, employé à Tecno (au lieudit Mokolo en haut). Comme plusieurs autres jeunes de son age, il aurait été piqué par le virus du commerce.

Le contrat de travail

Pour ces employés, le contrat de travail n’est pas assez important. Ils estiment que le mieux est de travailler et gagner de l’argent. « Rien n’est éternelle, alors, je sais qu’un jour ou l’autre je pourrais quitter d’ici. Donc, avec ou sans contrat de travail, je travaille. La faute revient aux patrons », relève un autre employé dans une boutique cette fois-ci à « Mokolo en bas».

Les salaires varient en fait, en fonction des employeurs. Le plus bas est de 30.000 francs CFA par mois. Mais à cause de l’indisponibilité du contrat écrit ou verbal, les employés subissent des diminutions de salaires. Très souvent sous le prétexte du non respect des consignes données par leurs patrons.

« Dans ma boutique, les retards excessifs font moins 3.000 francs et si ça persévère c’est -5.000 francs que je soustrait dans le salaires », déclare Dilane, patron d’une boutique à «Mokolo en bas».  Aussi, le salaire peut augmenter en fonction du temps mis dans  l’entreprise. C’est ce que précise Henri, transporteur de jus : « j’ai  déjà fait trois ans ici, et on me donne 90.000 francs CFA par mois. Au début, je recevais 60.000 francs CFA chaque fin du mois ».

En fonction du lieu de travail, les employés sont victimes de plusieurs dangers. Ceux qui travaillent à la station  service «Total» avouent qu’ils « sont victimes d’incendie, d’agressions et de viol ». D’autres commerçants au bord de la route, à la descente Mokolo Elobi, se plaignent de vol de marchandises, des meurtres, de viol. Au niveau de la vente du poulet, ils sont confrontés aux accidents de travail tels que les brûlures, la mauvaise odeur, le mauvais emplacement. « Il y a de cela un mois, l’eau du poulet s’est versée sur mon pied. Mais j’ai pu me soigner naturellement avec des plantes », témoigne un “déplumeur”.

Ceux du marché des habits procèdent à la course aux places. Chacun fait de son mieux pour avoir une place sous le soleil et la pluie. Ibrahim, vendeur de parfum confie: « nous profitons de ces couloirs pour pouvoir exposer nos marchandises. Pour ce faire, nous devons être là au plus tard à 6 heures, pour avoir une bonne place de vente ».

D’après ces employés du marché Mokolo, le mépris, la maltraitance et le mauvais payement sont ce à quoi ils sont confrontés. En même temps, ils sont soumis aux sanctions telles que les mis à pied, parmi ceux-ci apparaissent la diminution du salaire, les repos forcés  dû au retard excessif et parfois aux injures à l’égard du personnel.

La plupart d’entre eux ont peur de perdre leur travail car sans contrat moral ou physique, ils sont en insécurité. Parfois, les patrons se retrouve entrain de les chasser à cause de leur incompétence, mépris, insubordination, détournements, vol.

Employeurs

C’est en fonction du niveau scolaire que les patrons recrutent ces employés. Le payement se fait soit par jour, par semaine ou par mois. « Je préfère payer mes employés par jour parce que parmi eux, il y a des pères de famille qui ont besoin d’argent tous les jours. Pour cela, je leurs donne 40% du bénéfice qu’il me rapporte », signale le patron de Tecno, Olivier Anougni. Pour lui, donner un contrat de travail à un employé nécessite beaucoup de confiance. «  un employé, avant d’avoir un contrat de travail dans mon entreprise, devrait avoir déjà fait au moins deux ans au sein de ma boutique. Ceci, de peur d’évoluer avec un malhonnête», relève-t-il.

Inspecteur du travail

Un contrat, qu’il soit verbal ou écrit, reste un convention entre deux parties. Roland Njamsi Ntesam, délégué du travail et de la sécurité sociale du centre rappelle d’abord que « travailler n’est pas seulement dans le secteur formel, il y a aussi le secteur informel parce que vous savez que le code du travail reconnaît le contrat verbal ». Intéressé à ce genre de travail et de travailleurs du marché Mokolo, il ajoute: « nous recevons de temps en temps de contentieux de travail. Mais nous avons parfois des difficultés à les traiter . Nous avons des difficultés à calculer le droit de licenciement ? Nous calculons sur quelle base ? Puis que certains ne fixe pas un salaire et n’ont pas de contrat de travail ».

La solution à ce problème est : « la conciliation entre le plaignant et le patron. Ce qui mène à un procès verbal . Quand on essaye et ça ne part pas , alors l’employé continue son activité», conclut il.

Briscotine Atangana (Stagiaire)

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