Mbouda : rentrée scolaire en mode covid-19

L’année scolaire 2020-2021 qui s’ouvre ce lundi 5 octobre 2020, se veut particulière en ce sens que plusieurs parents sont en larme au Cameroun. Cas de la ville de Mbouda.

« Le corona virus condamne nos dérives et épargne les innocents. Ce monde des adultes est devenu si fébrile. L’ordre établi a explosé en éclats. Les terriens se rappellent qu’ils sont humains et fragiles ». Ces vers du poète urbain grand corps malade, semble décrire à une exception près, la réalité de la rentrée scolaire 2020-2021 à Mbouda, dans la région de l’ouest-Cameroun.

Le poète martèle que le corona virus « condamne nos dérives et épargne les innocents ». Une phrase qui sonne faux, car cette pandémie, si l’on en juge par la mine générale des populations en cette rentrée, ne laisse personne indemne. Elle a, par quelque alchimie diabolique couvert le monde des ténèbres et du flou existentiel, tant et si bien que beaucoup n’ont rejeté et condamnée l’hésitation prolongée sur la réelle date de la rentrée que pour les besoins de la forme.

Beaucoup de personnes pourtant réputées responsables, ont colporté la nouvelle erronée du renvoi de la date de la rentrée, non pas pour faire du mal à quelque personne que ce soit, mais pour se convaincre de ce que la vie, par quelque miracle, leur donnait une autre chance, une seule, une dernière, d’être prêtes pour affronter cette autre rentrée.

Oui, beaucoup ont participé à la diffusion des « fake news », juste pour se persuader, quoique sans conviction aucune, qu’ils avaient encore un peu de temps. Mais, hélas, c’était sans compter avec l’adage qui dit que le temps n’attend personne.

Oui c’était sans conjuguer avec l’axiome qui dit que la vie est un monstre froid, tellement froid qu’à le couloir comprendre, on s’en gèle la ciboule. C’était aussi sans s’aligner avec la pensée qui dit que la loi c’est la loi, et que bien que parfois est soit dure, elle reste la loi.

Voilà pourquoi quand Nalova Lyonga Pauline des enseignements secondaires, Etoundi Ngoa Laurent Serge de l’Education de base et tous les plénipotentiaires de l’éducation sont sortis pour dire que la date du 5 octobre restait et demeurait jour de rentrée scolaire, beaucoup l’on reçu comme un coup de massue. Et ce n’est pas l’annonce de la promesse des livres pour les élèves du niveau I à l’école primaire francophone ou à ceux de class One and Two chez ceux d’expression anglaise, qui a arrangé les choses.

D’aucuns ont même, par une alchimie dont eux seuls maitrisent les tenants et les aboutissants, conclu que puisque les résultats du GCE tardaient à être publiés, surement la rentrée serait repoussée, ne serait ce que pour une semaine. Mais comme on dit, un malheur n’arrive jamais seul, car, semble -t-il, au pays des malheurs, les grossesses gémellaires sont une base à ne guère violer. Alors, pour parfaire la note déjà bien salée, le GCE Board a décidé de publier les résultats, et ce avec un message for expressif : « Results of the General Certificate of Education have been released this October 2, 2020. The results show a drop in performance from 74.28 percent in 2019 to 64.24 percent in 2020 » alors, rien à faire.

Sur le terrain, la vie semble s’être vêtu en militaire, pour tirer à bout portant sur le peu d’espoir que les populations avaient encore que la date de la rentrée soit revue. Pourtant ce zeste d’espoir faisait sinon vivre, du moins vivoter une population incapable de comprendre comment le système de mi-temps annoncé allait s’articuler, comment la limitation du nombre d’élèves à 50 par salle se ferait et, le plus important, comment l’on réaménagerait l’éducation pour y introduire convenablement le E-learning à partir de 18 heures comme annoncé.

Alors, un tour dans les artères de la ville de Mbouda par exemple, montre non seulement que les parents comme les élèves n’arrivent point à se retrouver, mais surtout que l’heure est grave. En effet, à la mine des parents, l’on peut aisément s’imaginer quels types d’équations ils essaient de résoudre dans leurs têtes pour trouver le moyen d’avoir les moyens de s’acquitter non seulement des frais de scolarité, mais aussi et surtout d’acquérir les fournitures pour leurs progénitures.

L’équation est d’autant plus difficile que pour cette année, il faut en plus des fournitures traditionnelles procurer des cache-nez et du gel hydroalcoolique pour lutter contre la propagation du Covid-19. Mais peut être que l’inconnu se trouverait un peu plus vite si les choses s’arrêtaient à ce niveau.

Pourtant ce n’est pas le cas. En plus des articles cités plus hauts, il faut aussi procurer au moins un téléphone androïde aux élèves pour ne pas les priver des cours en ligne qui seront, si l’on en croit la ministre, systématiques cette année. Mais il est un autre flou qui hante nos populations, celles de savoir s’il faudra des fournitures supplémentaires pour les cours de remise à niveau, de deux semaines, annoncés, et sur quoi il faudra compter pour recharger les téléphones en « mégas » pour surfer, et surtout comment il faudra s’y prendre pour stabiliser l’alimentation électrique avec un fournisseur dont le délestage intempestif semble être le mode fondamental de fonctionnement.

Le fardeau est donc énorme et aussi bien la mine que les propos des « Mboudaens » n’en disent que bien long. « C’est très dur cette année mon frère », nous confie une couturière, avant que son assistante n’ajoute « même les tenues qui en cette saison se vendaient comme des petits pains ne s’achètent que difficilement ».

Un quincailler, après moults soupirs décident enfin d’articuler : « On va envoyer les enfants à l’école avec quel argent ? Par rapport à la rentrée, on ne peut rien faire, on ne peut rien réussir avec cette température qu’on a dans le pays. Les parents n’ont même pas les moyens. On ne travaille rien. Et même ceux qui travaillaient un peu, sont en congé technique : rien ne bouge. Même l’agriculture ne donne pas. On va vivre comment ? On n’a rien pour vendre et payer les fournitures scolaires. Et aussi la limitation des enfants dans les salles de classe là. On a plein d’enfants et peu de salles de classes. Les autres vont aller où ? Nous sommes finis. Comme ce sont les parents d’élèves qui construisent les salles de classes, on a peur que le taux d’APEE soit multiplié. Vraiment on est fini. Présentement les parents n’ont plus d’argent, rien ne bouge. On va trouver l’argent où pour construire les salles de classes ? Les enfants vont rester à la maison parce qu’ils vont manquer où aller faire leurs classes. »

Le tableau, on le constate, est donc plutôt sombre et l’essentiel de l’espoir est mis en L’Etre Suprême, décideur ultime en toute chose.

Preston Kambou (suivez Tambour sur la 93 FM)

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