Mortalité néonatale: la méthode kangourou, au secours des mères à l’Est

Le besoin du matériel facilitant la mise en application de la méthode « mère kangourou », se fait encore ressentir dans certains hôpitaux de la région du soleil levant, deux ans après le lancement de cette pratique.

 

A l’Est, prendre en charge ou suivre les mamans ayant mis au monde des bébés prématurés et de faible poids à la naissance, est un marathon permanent. Très peu d’infirmières formées, s’occupent des « mères Kangourous » dans les institutions médicales, alors que les enfants naissent de plus en plus, avant le jour attendu ou prévu. Surtout avec le phénomène des réfugiés dans cette région.

«Le personnel formé n’est pas fidélisé, à cause de l’affectation et du regroupement familiale. Malheureusement, on ne peut rien dire dessus et le projet subit seulement », explique d’un ton calme, Francisca Ottop Manyi, Ingénieur médico-sanitaire et point focal santé nouveau-né à la délégation régionale de la santé publique de l’Est. Il s’agit du projet « mère kangourou», initié en juin 2018 dans 5 districts de santé de la région de l’Est.

Pour inverser la tendance

Cette réponse qu’apporte l’Unicef pour le bien être des nouveau-nés prématurés et de faible poids de naissance, consiste à maintenir dans un contact peau à peau, le bébé contre le thorax d’un adulte propre, et en bonne santé. Financé par le Comité national Unicef coréen, et mis en œuvre par la délégation régionale de la santé publique de l’Est, en partenariat avec la Fondation Kangourou Cameroun et l’appui du Fonds des nations unies pour l’enfance, cette intervention, semble porter les fruits escomptés.

Sauvé grâce à la méthode mère kangourou, Gado-Badzere, janvier 2021. (c): A.K.N.

« Le taux de mortalité et de morbidité des prématurés a baissé de près de 40% dans la région de l’Est-Cameroun, en 2 ans », précise Francisca Ottop Manyi. Une information que le Dr. Jean Claude Ntassou, médecin pédiatre et point focal KMC (Kangarou mother care) à l’Est, ne contredit pas: « c’est des données qu’on a, je les transmets chaque mois ».

La fierté des familles

L’importance de cette méthode fait presque l’unanimité à Bertoua. « Avant la méthode Kangourou, on perdait beaucoup les prématurés et les petits poids de naissance. Sur 10 bébés prématurés, aucun ne parvenait parfois à survivre » révèle Germaine Nale, major néonatalogie à l’hôpital régionale de Bertoua. Vêtue de blouse et babouches blanches, Berthe Ndzie, infirmière au centre de santé catholique de Nkolbikon, le confirme quand elle dit que « c’est très bénéfique, et la population s’en réjouit ».

Assise parmi plusieurs autres femmes, Habiba, 27 ans, attend d’être reçu. Elle porte son fils, apparemment bien portant, sur ses cuisses. Aliou puisqu’il s’agit de lui, « est né à 1Kg 100g. Aujourd’hui il pèse 7 kg 400g », grâce à la méthode « mère kangourou », à en croire Habiba. D’ailleurs, elle fait désormais le rêve de voir Aliou devenir médecin, pour sauver des vies.

Une petite polémique

« Avec cette méthode, on est sûr de sortir un enfant de 700 grammes à 2,5 kilogramme, 5 kilogrammes et même plus », détaille la major Germaine Nale. Même si selon le médecin Dr. King, directeur adjoint de l’hôpital protestant de Garoua-Boulai, la méthode « mère kangourou » ne s’applique pas aux bébé de moins de 1 kg.

Les lits kangourous à l’hôpital protestant de Garoua-Boulai, janvier 2021. (c): A.K.N.

Pour ce responsable de l’hôpital protestant, seule le recourt aux couveuses sauve les enfants nés à moins d’un kg, parce qu’ils sont très minuscules et leurs organes ne sont pas encore développés. Ainsi la méthode « mère kangourou » qui ne demande aucune dépense financière des parents, a des limites.

Des dons aux unités ciblées

Pour faciliter la prise en charge, mais aussi le suivi des bébés prématurés et de faible poids de naissance, l’Unicef a offert plusieurs dons aux unités kangourou mis en place. On cite entre autres des lits kangourou, des chaises kangourou, des poches kangourou, des systèmes photovoltaïques d’approvisionnement en eau potable (châteaux d’eau équipés de plaques solaires).

« Etant donné que l’énergie est la chose la moins partagée ici, le château d’eau équipé de plaques solaires est un grand avantage pour le centre de santé de Nkolbikon à Bertoua par exemple », signale Jean-Claude Ntassou, point focal Kanguru mother care à l’Est. Cet hôpital a également bénéficié de la réfection de la salle devant accueillir des « mères kangourous », a-t-on constaté.

Le paradoxe

Mais pendant que le centre de santé catholique de Nkolbikon à Bertoua, l’hôpital protestant et l’hôpital de district de Garoua-Boulai sont équipés pour faciliter la méthode « mère kangourou », l’hôpital régionale de Bertoua n’a pas d’unité Kangourou, pourtant c’est où la méthode« mère kangourou » est plus pratiquée dans la région, si l’on s’en tient aux propos de Germaine Nale, major néonatalogie à l’hôpital régionale.

Elle déclare que la demande est énorme, mais il n’y a pas de matériel: « on n’a pas de lit kangourou, et le bâtiment même est très étroit ».

En fait le projet est expérimenté dans 5 district de santé de la région de l’Est. Ceux de Bertoua, Garoua-Boulai, Batouri, Doume, Abong-Mbang. 7 unités Kangourou ont ainsi été retenues pour ledit projet, et seulement 3 sont véritablement opérationnels.  Soit une à Bertoua (le centre de santé catholique de Nkolbikon), et deux à Garoua-Boulai (l’hôpital de district et l’hôpital protestante).

Arnaud Kevin Ngano

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