Motos-taxis : Un gagne-pain qui coûte des vies à Douala

Les taxi-motos sont à l’origine de beaucoup d’accidents et de pollution dans la capitale économique du Cameroun.

 

Se faufilant entre les voitures, roulant la plupart du temps sans casque, transportant parfois deux voire trois passagers, « les bensikineurs » comme ils sont  appelés à Douala se montrent volontiers téméraires. Artisans, mécaniciens, paysans, diplômés sans emploi ou encore étudiants, ils sont des milliers à conduire un taxi-moto dans cette ville classée parmi celles les plus peuplées du pays. Ils ne respectent pas les feux et font des excès de vitesse.

 

Un raccourci risquant

Ce transport est très pratique, permet de braver les embouteillages, mais aussi très dangereux. «Les bensikineurs » ne pensent presque pas souvent à leur sécurité. Ce qui compte c’est  combien ils vont gagner avec le prochain client, donc il se dépêche. « Le 25 décembre, il y a deux jours, j’ai été percuté par un camion parce que j’ai voulu le doubler pour aller chercher un client qui me proposait une bonne somme. Et le résultat ce sont plusieurs écorchures et un enfant renversé. », relate Mbalè Mbalè, conducteur de taxi-moto depuis 7 ans sur l’axe « rond-point Deido, Bonabéri ».

 

Ici, à Douala, les accidents de la route sont fréquents, et souvent meurtriers. La circulation est chaotique et la plupart des carrefours dépourvus de feux opérationnels. L’un d’entre eux a même été baptisé «carrefour de la mort» par les populations après une série d’accidents tragiques. A Douala, on enregistre tous les jours environ une centaine d’accidents sur environ près de 200 000 motos-taxis. Et une vingtaine des personnes  mortes sur les routes.

 

«J’ai perdu un ami, « bensikineur » comme moi, dans un accident de la route sur le pont de Bonabéri. Il voulait éviter une voiture. Un poids-lourd est arrivé par derrière et a ramassé sur son passage. Motos, voitures et quelques piétons n’ont pu échapper», révèle Tcheubou Kouegoua. Pour le maire de la commune de Douala IV: «La plupart des victimes des accidents de la route sont des personnes sur des engins à deux roues».

 

Pollution

Par ailleurs, ces motos-taxi contribuent à faire de Douala l’une des villes les plus polluées du Cameroun. Exposés en première ligne, les conducteurs développent de nombreuses affections telles que les maladies cardio-vasculaires et respiratoires, cancers de la gorge et du poumon.

 

L’ignorance tue

Les gens s’engagent à faire ce métier sans permis de conduire. La plupart quittent la campagne, viennent à la recherche d’un emploi et se mettent à transporter des vies humaines sans connaître le code de la route. L’ignorance tue L’immense majorité des chauffeurs de motos-taxi qui n’ont pas de permis. Mais depuis déjà 2 ans, cette mortalité a reculé avec la sensibilisation de ceux-ci.

 

Notons que depuis plusieurs années déjà, la mairie et les syndicats se sont entendus pour que, dorénavant, les « bensikineurs » s’inscrivent à la mairie et paient une somme convenable. En retour, ils reçoivent un numéro, qu’ils portent au dos de leur tenue jaune. Mais beaucoup ne la paient pas, et depuis quelques années, les autorités ne font plus de contrôle. Des milliers ont été enregistrés à ce jour. Un chiffre qui ne tient pas compte des nombreux taxi-motos clandestins.

 

Les fréquents accidents ont convaincu les syndicats, d’abord opposés à l’introduction de règles, de la nécessité de mieux cadrer la profession. Avec divers partenaires, ils mènent des actions de sensibilisation et de formation auprès de leurs membres.

 

Joël Godjé Mana

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