Pauline Noëlle : une handicapée au service des enfants et parents

Qualifiée de sorcière à abandonner absolument dans un cours d’eau lorsqu’elle était bébé, Pauline Noëlle Kameni Lakou, se présente pendant les sensibilisations ou causeries éducatives à Melong dans le Moungo, comme un exemple de jeune handicapée sur la voie de la réussite, malgré son appartenance à une famille vulnérable. 

« Chers parents, ne laissez pas vos enfants à la maison, prétendant qu’ils sont inaptes, ou il n’y a pas de moyens financiers. Les services sociaux sont là, pour résoudre ces cas ». Ainsi parle Pauline Noëlle Kameni Lakou, élève de terminale A4 Allemand au Lycée de Melong centre. Elle vient d’être installée au poste de chargée de la communication au sein de la plateforme C4D dans la commune de Melong. Son rôle en compagnie de ses 5 collaborateurs: sensibiliser les parents et les élèves sur l’éducation inclusive et la protection sociale. Car tous les enfants sont égaux et doivent bénéficier des mêmes chances.

La plateforme C4D de Melong, encouragée par les autorités et la société civile. Melong, 29 octobre 2021. ©: A.K.N.

Cette plateforme va en fait continuer d’apporter quelques solutions au problème d’éducation dans l’arrondissement de Melong. Un problème étroitement lié à plusieurs autres, comme on a pu le détecter avant de lancer le projet « EDU-Cash 6 », en plein bouclage. Ainsi, pendant les 6 derniers mois à Melong dans le département du Moungo, région du Littorale, le projet a apporté un appui à 200 enfants déplacés et 10 familles vulnérables. Sponsorisée par le Fonds des nations unies pour l’enfance (Unicef) en collaboration avec ses partenaires, cette activité a été coordonnée par le ministère des affaires sociales.

Servir d’exemple

« Je voudrais servir d’exemple à mes petits frères et petites sœurs handicapés. J’ai sollicité le poste de responsable de la communication pour les sensibiliser et les pousser à s’accepter tels qu’ils sont », déclare Pauline Noëlle, qui crois pouvoir sauver ses semblables. « Si j’ai fréquenté jusqu’à la classe de terminale, vous aussi vous pouvez aller plus loin. »

Cérémonie d’installation des membres de la plateforme C4D de Melong, vendredi 29 octobre 2021.©:A.K.N.

« J’ai souvent manqué les classes, parce que je n’ai pas d’argent pour prendre la moto. Je ne peux pas vite marcher, il faut absolument la moto ou la voiture, pour me transporter jusqu’à l’école. La cité brillante où je vis, est à 200 francs CFA du lycée » décrit elle, quand il faut parler des défis auxquels cette orpheline de père, est souvent confrontée. Le feu Raphael Lekou, son papa, est décédé en 2007, quand elle avait 5 ans.

Maman souffrante

Christine Enkam Lakou, la maman de Pauline Noëlle Kameni Lakou, ne mène aucune activité, elle est malade depuis des années. «Elle était tombée dans un trou de 12 mètres, en allant au champ. Elle est à la maison ici au quartier Konso de Melong. Il n’y pas les moyens pour l’amener à l’hôpital » raconte la communicatrice de la plateforme C4D de Melong. « J’étais d’abord à Konso chez mes parents. Je suis quittée de là, pour aller vivre chez ma grande sœur », signale-t-elle par la suite.

Pauline Noelle Kameni: “prenons conscience qu’on a tous les mêmes chances”. ©: A.K.N.

Pauline ne cache pas son amour pour sa mère, surtout quand elle se rappelle de l’histoire qu’elle lui avait relatée sur son handicap. « A partir de ce que ma maman m’a dit, j’ai été accouchée normalement comme tous les autres. Suite à une maladie, je suis devenu ce que je suis en ce moment. Elle a parcouru des hôpitaux sans succès », souligne la jeune fille.

La sorcellerie

« On disait que je n’ai rien. Certaines personnes se sont mis à m’accuser de sorcière. On a dit à ma mère de me jeter dans un cours d’eau. Mais elle a dû refuser, en disant que si c’est moi la cause de mon malheur que je parte moi-même. » Pauline reconnait ainsi qu’elle a été un lourd fardeau pour sa maman, surtout quand elle reparle des moments qu’il fallait l’amener à l’école et la ramener à la maison.

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Ce sont toutes ces difficultés, qui la galvanisent davantage. « Mon rêve est de devenir une grande dame dans l’avenir, pour que ceux qui me voient, sachent que même s’ils sont comme moi, ils peuvent devenir des personnes importantes demain. » Malgré son handicap, Pauline Noëlle Kameni souhaite occuper la fonction de ministre, préfet, député ou maire dans son pays. Pour cela après son baccalauréat, elle soutient qu’elle ira à l’université pour avoir la licence et présenter le concours de l’Ecole nationale d’administration et de magistrature (Enam) par la suite.

Dans ce groupe C4D, cette communicatrice va jouer un grand rôle dans la mobilisation et l’éducation.

Arnaud kevin Ngano de retour de Melong

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