Présidentielle 2018-Dr Olivier Bile: Pourquoi j’ai refusé de coaliser et de donner une consigne de vote?

Dans cette interview accordée  à notre rédaction, le président de l’Union pour la Fraternité et le Progrès (UFP) revisite et évalue la récente élection présidentielle. Le Dr Olivier Bile évoque les raisons de son refus de coaliser et/ou de donner les consignes de vote; indique quelques angles d’intervention stratégique de son parti  aux élections municipales et législatives de 2019. Enfin, il réagit sur l’humiliation infligée au Cameroun par la CAF.  

Interview réalisée par Guy Etom

 

Dr Olivier Bile, l’UFP était absent sur le terrain, les réseaux sociaux et dans les médias pendant et après la présidentielle de 2018 au Cameroun. Qu’est ce qui le justifie? et quelle est sa dernière actualité?

 

L’absence de l’UFP pendant la période électorale, relative à la présidentielle de de 2018, est justifiée par le fait que, nous n’étions finalement pas candidat. Pour cela il nous a semblé convenable de laisser les acteurs, en situation de candidat, s’affronter dans l’espace politico-médiatique. Nous avons pris du recul par rapport à cette élection, parce que vous savez comment les choses se sont déroulées, du point de vue du contentieux préélectoral.

Lorsque nous avons été face au conseil constitutionnel, pour solliciter que notre candidature soit réhabilitée, étant du reste totalement frondé à voir cette requête être reçue favorablement, nous avons simplement pris acte de ce que le conseil ne s’était pas montré favorable à notre demande. Je crois qu’en matière politique, le fair-play politique veut que, lorsque vous êtes dans la compétition vous y soyez à fond et que si vous n’en êtes pas eh bien n’en êtes pas. Il était aussi question d’agir de façon à ce que les camerounais aient peut-être l’opportunité à leur niveau de découvrir les acteurs de 2018. Car nous avons été candidat en 2011, on a fait une belle campagne, j’étais candidat pour la première fois, il y a eu une belle campagne d’affichage médiatique et sur le terrain.

Maintenant en 2018, il était nécessaire que les acteurs en présence soient évalués convenablement sur tous les plans par les citoyens Camerounais. Et je pense que cette évaluation a pu se faire. Les programmes des uns et des autres ont pu être analysés par les camerounais, on peut se tourner maintenant vers les campagnes à venir, convaincu que plus le temps passe, plus les camerounais savent exactement qui est qui dans leur place politique.

 

Sur le même chapitre,  l’absence de consigne de vote était-ce une stratégie pour votre parti?

 

Oui bien-sûr, un parti politique ne prend jamais une décision de manière gratuite. En matière politique il y a toujours une arrière pensée. Nous n’avons pas donné des consignes de vote pour au moins deux raisons: 

  • Tout d’abord, après avoir examiné les profils des différents candidats en présence, lesquels d’ailleurs nous ont sollicité abondamment, quasiment tous les candidats sont venus vers nous pour que nous appuyons leur candidature. A l’observation, l’UFP  s’est aperçue que cela ne servait à rien, car la consigne de vote doit être motivée par un minimum de justifications. Ne serait-ce que sur le plan idéologique et programmatique. Nous n’avons vu dans cette arène politique aucun parti véritablement adossé sur une ligne à la fois patriote, nationaliste et panafricaniste telle que nous préconisons. Une ligne purement foyiste, du point de vue du programme présenté. Parce qu’on peut être pasteur ou même prêtre et avoir un programme qui n’a rien de foyiste et c’est malheureusement ce que nous avons observé. La plupart des candidats qui auraient pu être proche de nous d’une certaine manière avaient malheureusement un discours classique, basé sur les mêmes  questions que pouvaient évoqués des candidats plus séculiers. Dans le fond, il y a donc cet espèce d’absence d’affinité que nous avons relevé au sein de cette classe politique.

 

  • Comme deuxième justification, je peux évoquer sans doute le fait que l’élection présidentielle est un moment assez décisif. Et la logique de la copie bête et servile qui veut que vous fassiez comme tout le monde, nous l’UFP ne sommes pas comme ça.  Nous ne sommes pas dans le conformisme, nous sommes dans la logique qui veut que nous soyons fidèle à ce que nous sommes. Et ce n’est pas parce que la plupart des partis dans un environnement donne des mots d’ordre, parfois sur la base de négociations et de transactions de dessous de table de toutes natures, qu’on se sent obligé de faire ainsi. Nous sommes un parti singulier et cette singularité tient à tout ce que nous avons déjà montré au peuple camerounais jusqu’ici sur le plan idéologique, sur le plan du comportement politique, sur le plan même de la culture politique, sur le plan du programme politique etc. Sur toutes ces questions qui caractérisent un parti, nous avons un comportement fort différent de ce que vous pouvez trouver chez les acteurs classiques qui sont dans une politique au sens classique. Nous pensons qu’il n’était pas de bon ton pour nous de faire comme tout le monde, mais d’avoir une approche de réserve qui elle même était un acte de communication vis à vis du peuple camerounais.   Lorsque vous avez un combat entre frère Germain, Pierre qui veulent  remplacer Paul pour faire pareil que lui, pour reproduire les mêmes manières de faire dans tous les domaines,  alors nous à l’UFP nous sommes obligés de dire non, nous prenons nos distances par rapport à cette manière de faire.

 

 

L’UFP sera certainement présente sur le terrain aux prochaines échéances électorales. Comment votre parti  entend se déployer lors des élections couplées  municipales et législatives  de 2019? 

 

En ce qui concerne les législatives et municipales de 2019, l’UFP a mis un point d’honneur a  organisé sa préparation pour ces élections. Ce sont des élections extrêmement importantes, qui vont être déterminantes pour l’avenir. Et l’UFP saisi l’occasion que vous lui donnez pour renouveler son appel à candidatures vis à vis de tous les citoyens qui ont soif d’un véritable changement, d’une véritable transformation dans notre pays. Tous ceux là qui pensent que dans leur localité d’origine, ils peuvent candidater sous la bannière de l’UFP sont les bienvenues, sous réserve bien-sûr de s’approprier nos valeurs et nos principes à l’UFP.

Nous sommes même en train de travailler sur un certains nombre de localités stratégiques sur lesquelles nos efforts vont être concentrés. Et aussi bien en ce qui concerne les législatives que les municipales nous sommes sur ce travail là et il est certains que couvrir l’ensemble du territoire ne va pas être évident. Mais l’UFP a une stratégie qui se focalise sur des localités stratégiques. Maintenant comme je l’ai dit nous comptons sur les camerounais qui le souhaiterons pour densifier notre réseau de localités où nous allons candidater. Et bien évidemment nous comptons sur toutes les bonnes volontés que nous allons solliciter dans les toutes prochaines semaines,  parce que l’UFP va  lancer un certain nombre d’opérations au niveau national, qui évidemment seront des opérations qui seront orientées vers à la fois nos sympathisants et tous les acteurs de bonnes volontés qui pourrons accompagner d’une manière ou d’une autre cette dynamique de candidature robuste que nous voulons opérer pour ces élections. Parce que les élections locales vont être de plus en plus des élections capitales dans un environnement où des questions telles que la décentralisation seront de plus en plus à l’ordre du jour dans notre pays.

 

Par rapport au retrait de la CAN 2019 par la CAF au Cameroun. Quel regard posez-vous sur cette actualité? Donnez-vous raison à la CAF à 7 mois de l’échéance?

 

J’ai une lecture à deux niveaux. Tout d’abord en tant que patriote, je suis gêné, embêté voire triste, parce que moi même amateur de football, j’avais souhaité que mon pays reçoive cette CAN l’année prochaine.  Mais nous sommes obligés de constater que les officiels de la CAF ont décidé de nous la retirer. C’est une décision qui est tombée comme un couperet.  une décision difficile à contester.

Dans un deuxième volet justement, je  suis tenter de dire que, cette situation qui nous arrive, est la conséquence de nos manières à nous de faire. C’est une situation qui vient nous infliger une grande leçon.  Leçon relative à la manière dont nous administrons la gouvernance publique au Cameroun. Plutôt que de condamner les acteurs en présence, ce qui d’ailleurs n’est même plus nécessaire, c’est plutôt une invite à bien comprendre que l’expérience à laquelle nous devons parvenir doit pouvoir être fondée sur la somme des échecs. Moi je veux simplement dire qu’il est souhaitable, que les camerounais retroussent véritablement leurs manches. Notre gouvernement doit pouvoir considérer cette affaire comme une leçon à tirer de manière à pouvoir être plus actif, moins arrogant, moins suffisant.

Pour que vous puissiez faire bouger des chantiers d’infrastructures dans votre pays, vous avez besoin de voir les officiels au plus haut niveau se déployer sur le terrain chaque semaine, voire chaque jour. On ne réalise pas un certain nombre de choses en étant assis sur son fauteuil. Nous sommes un pays de football, et cette identité doit se matérialiser par des capacités organisationnelles  dans le domaine du football. Le Cameroun est un pays qui en Afrique devait se trouver dans la situation d’organiser une coupe du monde, et non pas échouer sur une CAN. Puisque cela est arrivé ce n’est pas une tragédie non plus.

 

 

 

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