Rites et coutumes: Initiation au “Yé Kané” chez les Moundang

“Yé kané” signifie “enfants initiés”. C’est au tour des villages Gaban, Gambour et Bipeng de célébrer le Yé kané cette année

 

Le peuple Moundang est un peuple qui se trouve au septentrion du Cameroun. Principalement dans les  régions du Nord et de l’extrême-Nord.  Aussi bien au Tchad. Chaque 4ans, les jeunes garçons de la tribu passent par un rite d’initiation pour faire d’eux des hommes. L’enfant peut y prendre part aussitôt qu’il n’est plus nourrisson ou même qu”il marche.

Yé kané” signifie “enfant initié”. Pour cette année,  seuls les villages Gaban, Gambour et Bipeng sont concernés. Ces villages sont situés dans le département du Mayo Kano district de Lara. Cependant, des hommes mâtures peuvent y participer pour essuyer la honte. Car, selon la culture Moundang, un  homme qui ne passe pas par ces rites d’initiation est considéré comme étant “Garnia“. Ce qui voudrait dire ne pas être homme.

Cette initiation est pratiquée uniquement sur des enfants Moundang. Généralement, ce sont les musulmans,  les athées et les  animistes. Par contre, ceux devenus chrétiens rejettent fortement ces rites. Car, ils disent que se serait en désaccord avec le christianisme. Ainsi,  les concernés se retrouvent tous sur un lieu sacré  accompagné uniquement par un homme. Parce que la présence des femmes est interdite sur le lieu d’initiation. Plus tard, ces mêmes hommes viennent avec une natte pour leurs couches et ils y ajoutent une couverture et un petit sac.

Outre, les participants viennent uniquement  munis d’un short, torses nus et pieds-nus sans sacs, ni provisions. Ce sont les femmes qui plus tard viennent déposer de la nourriture à quelques kilomètres du lieu d’initiation. Les encadreurs sont chargés d’apporter à manger aux enfants et aux hommes. Ils ne mangent que des nourritures traditionnelles tels que: la bouillie de mil sans sucre qu’ils prennent au déjeuner. Du “nna’a bishari”, du “nna’a li”(feuilles de gombo), du “nna’a iè”(sauce de haricot blanc) , qui est le mets principal des moundang. Il y’a aussi du couscous et du bakuru (croquettes d’arachide en forme de crayon) et du poisson sec.

Procédure rituelle

A leur arrivée, ils font une semaine sans se laver. Le 7ième jour, ils vont prendre un bain à la rivière et attendent la venue du guinarou, qui est l’esprit protecteur du peuple moundang. Le guinarou ne vient qu’à la tombée de la nuit. Et il  s’en va avant le levée du soleil. Jamais la lumière du soleil ne doit le trouver à découvert.  En plus, il marche à la vitesse de l’éclair. A son arrivée, il donne des conseils, il apprend des pas de danses et des chants significatifs autour d”un grand feu. Et il a un rite qui reste secret. Toutes les paroles dites ne se font qu’en langue traditionnelle. Et  toutes langues et objets étrangers ou venant de l’occident sont interdits

De temps en temps les jeunes initiés font des sorties dans le village avec des vêtements faits de feuilles. Plus précisément,  les jours du marché. Pendant leurs sorties, ils fouettent les filles célibataires qu’ils trouvent sur leurs chemins avec des bâtons. La demoiselle victime doit faire un don en nature pour ne plus subir ces coups. Deux mois marquent la fin de la période d’initiation. À leurs sorties, toutes choses portées et utilisées pendant le camp sont  brûlées dans un grand feu vif. Les initiés sont alors vêtus de nouveaux vêtements. Et ils tiennent chacun un long bâton aux mains et sont reçus par le chef du village. Tout le village est en fête. Or, ils ont une dernière tâche à accomplir: casser leurs bâtons. Ceci doit se faire en frappant les filles célibataires qu’ils trouvent sur leurs chemins, au détriment des non-mariés qui seront dans la rue. Mais, détrompez vous. Cette phase ne marque pas la fin. Tout simplement parce qu’ils ont encore une semaine d’initiation dans une maison du village.

Notre culture est notre héritage. Le processus d’initiation est également un moyen de préservation de la tradition et de la culture qui s’envolent de plus en plus. Toute chose dite et partagée pendant cette période aux participants reste secrète. Comme dit Antoine de Rivarol: “l’Homme sans culture , est un arbre sans fruits”.

Patricia Mbatang, stagiaire

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