Salamatou : d’écolier « fantôme » à une réelle existence

Grâce au projet « EDU-Cash 6 », une dizaine d’enfants Bororos, existe légalement désormais à Melong, une des communes du département du Moungo dans la région du Littoral au Cameroun.  La petite Salamatou en fait partie.

Assise à même le sol, au milieu de plusieurs autres filles de sa génération, Salamatou, 9 ans, lit des écrits en noir, sur une sorte d’ardoise. Elle va de la droite vers la gauche en récitant comme si elle chantait, ces écrits en arabe. « C’est l’école coranique », entend on chuchoter. Il est plus de 16 heures et 30 minutes.

« C’est ainsi au moins trois soirs par semaine, nous dit Djibrila Alhadji Ahmadou, un des guides de la communauté Bororo de Melong, mais on ne retient pas les enfants pendant longtemps entre lundi et vendredi, puisqu’ils vont aussi à l’école moderne. »

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Salamatou appartient bien sûr au groupe ethnique Bororo de l’arrondissement de Melong, dans le département du Moungo, région du Littoral. Ce groupe d’habitants est bien organisée, sous la coordination du centre social de cette ville. Les ressortissants de ce peuple minoritaire, se regroupent régulièrement au quartier Bonanjo, lieudit derrière le marché, précisément au service de l’action sociale au près des populations Bororos de Melong.  Ici, on discute de tous les problèmes que vivent les membres de cette communauté et des solutions sont trouvées.

Une élève sans acte de naissance

Salamatou fait ‘’class 5’’ à l’école publique bilingue de Melong. Elle croyait ne pas pouvoir aller au-delà de ce niveau scolaire, parce qu’elle était dépourvue d’acte de naissance. Sa maman Fadimatou, ne lui a jamais fait établir ce précieux document depuis qu’elle est arrivé dans ce monde.

A la question de Savoir pourquoi, Fadimatou affirme qu’elle a été découragée par les acteurs de l’état civil, qui l’ont longtemps tourné en bourrique. « Quand Salamatou est née, je suis allée là-bas jusqu’à me fatiguer. Ce n’est pas la tradition qui m’a empêché de le faire, mais des hommes et je n’avais pas l’argent qu’ils m’ont demandé », explique la maman.

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Constatant que la problématique liée à l’établissement de l’acte de naissance reste d’actualité dans cette localité, le ministère des affaires sociales avec l’appui du Fonds des nations unies pour l’enfance (Unicef) ont facilité la confection de ce document à 21 personnes parmi lesquelles, une dizaine d’enfants, qui était déjà considérés comme « des condamnés à évoluer en marge de la république ». Cette action rentre dans le cadre du projet « EDU-Cash 6 », visant à assurer la protection sociale et l’éducation inclusive pour les ménages vulnérables dans 6 municipalités des régions du Littoral, de l’Ouest et de l’Extrême-Nord.

L’insertion dans la société n’est plus compromise

L’éducation étant liée à d’autres exigences, ce projet qui se veut transversal, « est un appui multidimensionnel » comme le précise Jean Paul Datchiada, en charge de la mobilisation communautaire et de la protection au sein de l’organisation Rhema care. L’acte de naissance qui est un des droits fondamentaux de chaque enfant, garantit l’accès à l’identité, aux services de santé, à la participation à la vie politique de la société mais également et surtout, à l’éducation.

Toute souriante, Salamatou, est joyeuse à chaque fois qu’elle se rappelle qu’elle va présenter le ‘’First school leaving certificate’’ l’année scolaire prochaine. « Je vais bientôt fréquenter le secondaire ; je serai au lycée bilingue. Merci à Unicef, au Minas et à ‘’EDU-Cash 6’’ », lance-t-elle, en souhaitant que le projet se poursuive pour mettre fin au phénomène d’enfants sans acte de naissance à Melong.

Arnaud Kevin Ngano de retour de Melong

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