Santé maternelle et infantile: l’effort de l’Unicef au Nord Cameroun

Au delà des formations des agents de santé communautaire et des prestataires de soins, le Fonds des nations unies pour l’enfance (Unicef) assure la construction des réseaux d’approvisionnement en eau équipés de panneaux solaires dans des centres de santé intégrés (CSI) de la région du Nord au Cameroun.  

Ecole normale des instituteurs de l’enseignement général (Enieg) à Pitoa, la vaste cours est déserte, des herbes ont poussé et les salles sont fermées. On dirait en réalité, qu’aucune vie humaine ne passe par ici, en cette fin du mois d’août 2021. Pourtant, il faut aller jusqu’au fond de l’école, pour constater que la salle polyvalente appelée «Amphi 100» de l’Enieg, est occupée. A l’intérieur, la concentration est palpable. Une voix s’échappe de la pièce, c’est celle de Joseph Talaga, un pair éducateur, agent de santé communautaire (ASC), formé par le Fonds des nations unies pour l’enfance (Unicef), sur les questions de sexualité chez les adolescentes. Une vingtaine de jeunes, l’écoutent religieusement, non sans répondre aux questions ou en poser. Il s’agit d’une habituelle séance de causerie éducative.

Les grossesses précoces entrainent les causes de la mortalité maternelle

Le thème de cette assise du mardi 24 août 2021 conduite par 5 des pairs éducateurs de cet arrondissement de Pitoa dans le département de la Benoué, porte bien sur les grossesses précoces. Dans cette partie septentrionale du Cameroun, les grossesses précoces apparaissent comme étant des éléments favorables aux causes des décès maternels, néonataux et infantiles. D’ailleurs selon la dernière enquête de démographie et de santé du Cameroun, le ratio de mortalité maternelle est très élevé, privant la vie à environ 5.000 femmes, des suites de complications lors d’une grossesse ou d’un accouchement. Le taux de mortalité néonatale quant à lui, est stagnant à 28 décès pour 1.000 naissances, depuis 2014 (MICS 2014, EDS V2018).

Causerie éducative sur l’éducation à la sexualité. Pitoa, août 2021. ©: Unicef

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En effet, « en 1998, nous avions un ratio de mortalité maternelle de l’ordre de 430 décès pour 100.000 naissances vivantes. En 2004, cela est monté à 669 décès maternels, pour atteindre 782  décès maternels pour 100.000 naissances vivantes, en 2011 », révèle Ernest Essomba Essomba, responsable de la section planification, programmation, suivi-évaluation au Programme multisectoriel de lutte contre la mortalité maternelle, néonatale et infanto-juvénile ( Plmi).

Développement des capacités humaines et travaux de génie civil

Ce programme du ministère de la santé publique, porte un Projet d’appui à la santé maternelle, néonatale et infantile (Pasmni), soutenu par le Fonds des nations unies pour l’enfance (Unicef) et le Fonds des nations unies pour la population (Unfpa). 5 régions ( Extrême-nord, Nord, Adamaoua, Est et Centre) sont concernées. Dans la région du Nord comme dans plusieurs autres, l’Unicef a procédé à la construction des forages avec plaques solaires pour alimenter prioritairement les maternités des formations sanitaires ciblées. Ainsi, pas moins de 12 forages et panneaux solaires sont opérationnels dans la région du Nord. Une véritable manne pour des aires comme le district de santé de Pitoa, qui à travers son chef, Benjamin Hermann Awouoyiegnigni Megna se félicite des efforts du projet dans les formations sanitaires de l’arrondissement.

Dr. François Dadao, Gynécologue Obstétricien. Août 2021. ©: A.K.N.

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Dans la région du Nord, une soixantaine de prestataires de soins parmi lesquels des pédiatres, des sages-femmes, infirmières, gynécologues et obstétriciens ont été formés aux soins néonataux, sur les aspects théoriques et pratiques. Le suivi et l’accouchement, la grossesse, les soins essentiels du nouveau-né à la naissance, l’allaitement, la réanimation des soins néonataux à l’accouchement chambre, la gestion des naissances prématurées et de faible poids à la naissance, les soins aux nouveau-nés ou aux mères ayant des conditions spécifiques, les soins aux nouveau-nés dans les contextes humanitaires, l’enregistrement des naissances, la surveillance des décès et l’interventions périnatales, la communication pour la santé des nouveau-nés, le système d’information sanitaire pour les nouveau-nés, sont les domaines dans lesquels les capacités de ces ressources humaines ont été renforcées.

Plus d’accouchement à l’hôpital désormais

Autant d’actions qui visiblement portent les fruits escomptés. « Les mentalités sont en train de changer, le nombre d’accouchements a augmenté », affirme le docteur Ahmadou Bouba, chef du Centre de santé intégré de Ngong toujours dans le département de la Benoué. « Aujourd’hui, ajoute-t-il, on reçoit pas moins de 30 femmes enceintes ou sur le point d’accoucher par mois. Pourtant avant l’apport de l’Unicef, on ne pouvait pas faire accoucher plus de 10 femmes enceintes  dans notre CSI ». Ivan Toko Mangan, directeur de l’hôpital de district de Ngong, confirme cette thèse. Pour lui, le partenariat gouvernement-Unicef-Unfpa dans le cadre du Projet d’appui à la santé maternelle, néonatale et infantile (Pasmni), ne produit « que du bénéfice, que ce soit pour les bénéficiaires ou les prestataires ».

Les mamans et les bébés sont de plus en plus protégés dans la région du Nord-Cameroun. Août 2021. ©: A.K.N.

Au vue de tout cela, on peut sans risque de se tromper, conclure que les indicateurs de santé du nouveau-né, de la mère et l’enfant, sont en nette amélioration dans la région du Nord.

Arnaud Kevin Ngano

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