Tourisme sexuel: « les mineures, les petites filles de 12, 13, 15 ans, ce n’est pas normal »

Le Délégué départemental du tourisme et des loisirs de l’Océan, Chantal Abang Assam s’insurge contre la prostitution des mineures à Kribi.  

Quel regard portez-vous sur le phénomène du tourisme sexuel dans la ville de Kribi ?

Je ne voudrais pas parler de tourisme sexuel. Parce qu’il n’y a pas de tourisme et de sexe qui vont ensemble. Je vais parler de la prostitution tout court. Depuis un certain nombre d’années ça va grandissant.

C’est vrai que nous sommes dans une ville touristique, mais ce n’est pas bien. Les parents ne font pas totalement leur travail. Nous, les parents, nous devons accompagner nos enfants. Nous sommes d’accord qu’il y a la pauvreté, qu’il y a des familles nécessiteuses. Mais en même temps on ne peut pas envoyer nos enfants vers la prostitution parce qu’on a faim.

Ces petites filles et ces petits garçons qui se livrent à ce métier, ne font pas toujours de leur propre volonté. Parfois ce sont les parents qui les poussent à faire cela parce qu’ils ont faim. Nous pensons que ce n’est pas bien. Nous combattons cela comme nous pouvons.

On sait que les établissements hôteliers sont des endroits où se déroulent ces pratiques là. En tant que représentante de l’Etat dans le département, quelles sont les dispositions que vous prenez pour lutter contre le phénomène ?

Depuis ma prise de service ici dans le département de l’Océan, depuis le 15 septembre 2016, c’est mon premier combat. Parce que les hôtels sont effectivement les endroits où se passent beaucoup de choses. J’ai interpellé et je continue à interpellé les promoteurs des hôtels pour qu’ils n’acceptent pas dans leurs hôtels un certain genre de clients. Ils peuvent accepter les adultes mais les mineures d’un certain âge, je ne suis pas d’accord.

Je ne suis pas une déléguée au bureau. Je suis une déléguée urgentiste sur le terrain. Je vérifie ça au quotidien. Je fais le tour des hôtels, j’ai mes collaborateurs qui sont dans les hôtels pour vérifier  les statistiques : qui entre, qui sort. Chaque fois qu’on nous a signalé ce genre de cas, je suis descendue moi-même sur le terrain, j’ai interpellé le promoteur, le client et la mineure. Très souvent ça se solde par la mise au vert du touriste, et puis l’interpellation des parents de la mineure.  Nous voulons bien que les hôteliers aient des clients mais nous ne voulons pas un certain genre de clients dans les hôtels : les mineures, les petites filles de 12, 13, 15 ans, ce n’est pas normal.  Je punis à ma manière. Quand c’est plus fort que moi, je signale au préfet et il prend des dispositions.

Au-delà des descentes sur le terrain, est ce qu’il y a une sensibilisation qui est faite en direction  des touristes ?

Nous les interpellons, surtout quand on nous signale des cas. Parce qu’on ne sait pas avec exactitude qui entre. Tous les jours les touristes entrent à Kribi. Nous ne savons pas exactement qui est entré et ou il est allé. Mais lorsque nous avons des cas signalés on se déplace. Il y a des promoteurs parfois sérieux. Ils nous signalent. Parfois les servants nous signalent. Parfois les réceptionnistes nous signalent. Nous comptons sur la moralité de nos promoteurs pour qu’ils nous disent ce qui se passe dans nos hôtels.

Est-ce que ce phénomène ne joue pas contre le tourisme au Cameroun ? On a parfois l’impression que certains touristes viennent pour cela.

Non. Ce n’est pas toujours ça. Et puis, nous n’allons pas tout verser sur les touristes.  Il faut dire que ces petites filles agressent les touristes elles aussi.  Parfois ce sont elles qui vont vers eux, vers les hôtels avec des accoutrements un peu bizarres. Mais les touristes ne viennent pas seulement à Kribi pour le sexe. Ils viennent aussi découvrir les merveilles du touriste au Cameroun.

Comment peut-on éradiquer le phénomène aujourd’hui ?

Nous devons sensibiliser sans cesse. Nous devons interpeller les parents, les autorités, mêmes ces enfants. Nous devons leur parler,  aller vers les familles. Leur dire qu’il n’y a pas que le sexe qui nourrit. On peut faire autre chose. Si c’est le sexe qui nourrit une famille, dès que la personne qui avait ce sexe n’est plus, que devient la famille ? Nous devons continuellement sensibiliser.

Et au niveau de l’Etat ? Il y a certainement des mesures qui peuvent être prises…

Il y a déjà des lois qui punissent la prostitution, la pédophilie. Je suis d’accord, il faut accentuer cela. Il faut mettre les bouchées doubles. Ce phénomène n’est pas bien. Nous ne voulons pas que Kribi ait cette réputation. C’est la seule ville balnéaire qui nous reste. Nous avons tout intérêt à lutter contre cela.

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